Comment le sida marque une différence pour les enfants vulnérables

Une récente étude sud-africaine a montré que les enfants affectés par le sida étaient davantage confrontés à des problèmes d’éducation et de santé mentale que leurs pairs vulnérables pour d’autres raisons.



L’étude, la première, selon leurs auteurs, à mesurer les effets des maladies liées au sida parmi ceux qui s’occupent des enfants, a été conduite par l’université d’Oxford et l’université de Witwatersrand en Afrique du sud, et présentée lors de la Conférence sur les orphelins et enfants vulnérables à Johannesburg début novembre.



Menée par Lucie Cluver, d’Oxford, l’étude a suivi pendant plus de quatre ans 730 enfants vulnérables dans trois provinces d’Afrique du sud – la province du Cap-occidental, du Cap-oriental et Gauteng.



Les chercheurs ont découvert que le fait de vivre avec une personne souffrant d’une maladie liée au sida doublait presque les risques pour un enfant de ne pas aller à l’école, comparé à un enfant dont le parent souffre d’une autre maladie. Les enfants dont les proches luttent contre des infections opportunistes étaient aussi plus susceptibles de manquer des journées d’école et d’avoir des problèmes de concentration.



Un rapport de juillet 2010 du Bureau des statistiques d’Afrique du sud (StatsSA) a estimé que les maladies liées au sida représentaient 43 pour cent de l’ensemble des décès dans le pays durant la dernière décennie.



Selon la StatsSA, il y a dans le pays deux millions d’enfants qui ont perdu un ou leurs deux parents à cause du sida.



Des vulnérabilités différentes









« Je ne suis pas concentré à l’école. Je m’inquiète au sujet de ma mère. On dirait qu’elle va mourir, comme mon père ».  

Un participant à l’étude, âgé de 12 ans

Mme Cluver a dit que ces résultats pourraient indiquer une demande plus élevée pour des soins associés à infections opportunistes liées au sida que pour d’autres maladies.



Un tiers supplémentaire d’enfants dont les proches souffrent de maladies opportunistes, effectueraient au moins trois heures de travaux domestiques chaque jour, comparé à des enfants dont les proches souffrent d’autres maladies.



« Nous avons interrogé les enfants sur ce travail de soins supplémentaire », a dit Mme Cluver à IRIN/PlusNews. « Une grande partie consiste en ce que nous appelons des soins de santé intimes – ils nettoient des plaies, lavent les gens, font leur toilette, ils sont responsables de la prise de leur traitement… Mais il y a aussi beaucoup de soins donnés aux frères et sœurs, du travail ménager… ».



Gros problèmes, petites épaules



Mme Cluver a également dit que dans une étude liée portant sur 850 orphelins et enfants vulnérables, ceux dont les proches avaient des maladies liées au sida disaient qu’ils se sentaient responsables du bien-être de la personne, et qu’ils se sentaient coupables de les quitter pour aller à l’école – créant des niveaux élevés d’anxiété qui affectent défavorablement la santé mentale des enfants.



« La maladie [liée au sida] a des répercussions sur la concentration à la fois à cause du travail de soins qu’ils font – car les enfants s’inquiètent à propos de ce qu’ils doivent faire – et aussi à cause des niveaux plus élevés de désordre psychologique… des problèmes qui, en Occident, seraient traités par un médecin ou un psychologue ».



Les enfants dont un proche a souffert de maladie liée au sida présentaient des niveaux d’anxiété plus élevés, des dépressions, des problèmes avec leurs pairs et des syndromes de stress post-traumatique, selon Mme Cluver.



Mme Cluver a dit qu’en plus des programmes habituellement destinés aux orphelins et enfants vulnérables, comme des programmes alimentaires et des dispenses de frais, les écoles pourraient répondre aux besoins des enfants vivant dans de tels foyers en offrant un soutien psycho-social ou peut-être en introduisant des emplois du temps flexibles pour les enfants portant ce lourd fardeau de travail de soin.



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