Les hôpitaux ne traitent pas suffisamment les nourrissons séropositifs

La province du KwaZulu-Natal est toujours l’épicentre de l’épidémie de VIH en Afrique du Sud, mais une nouvelle recherche a révélé que près d’un tiers des hôpitaux sur lesquels portait l’enquête n’avaient mis aucun nourrisson séropositif sous traitement antirétroviral (ARV) depuis plusieurs années.



Cette étude, présentée cette semaine à la conférence sur les enfants orphelins et vulnérables en Afrique, qui s’est tenue à Johannesbourg, a été menée par le service sur la santé des mères, des adolescents et des enfants (Maternal, Adolescent and Child Health, MatCH) de l’université de Witwatersrand, en collaboration avec le gouvernement.



Le service MatCH a suivi pendant trois ans l’évolution du nombre d’enfants de moins de 15 ans mis sous ARV dans 10 grands hôpitaux du KwaZulu-Natal proches de la ville côtière de Durban. La collecte de données est souvent difficile dans ces établissements, mais l’enquête s’est appuyée sur les registres et les statistiques cliniques concernant les ARV, qui sont régulièrement transmis au gouvernement de la province.



L’étude a révélé que trois hôpitaux n’avaient enregistré la mise sous traitement d’aucun nourrisson séropositif durant cette période et que deux autres hôpitaux avaient administré ces médicaments vitaux à 11 nourrissons maximum.



Cette étude a également montré que la mise sous traitement était plus élevée chez les enfants plus âgés et que le nombre d’enfants sous ARV variait considérablement d’une année à l’autre et entre les établissements.



« Très peu d’efforts ont été faits pour mettre les enfants sous ARV et cela est préoccupant lorsqu’autant d’enfants nécessitent un traitement », a dit à IRIN/PlusNews Ravikanthi Rapiti, chercheur au service MatCH. M. Rapiti a souligné que la municipalité d’eThekwini, qui inclut la ville de Durban, compterait environ 93 000 enfants séropositifs, selon des données cliniques prénatales.



Le traitement antirétroviral combiné pour la prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME), dont l’utilisation a été adoptée par l’Afrique du Sud en 2008, peut réduire le risque de transmission du VIH jusqu’à un taux de cinq pour cent seulement lorsqu’il est administré correctement. Cependant, selon un récent rapport du gouvernement enregistrant les progrès du plan stratégique sud-africain contre le VIH/SIDA, près de 40 pour cent des nourrissons exposés au VIH risquaient de contracter le virus à cause d’une prestation de services de PTME incomplète.



Conformément aux recommandations nationales sur le traitement du VIH récemment révisées, tous les nourrissons séropositifs de moins d’un an sont éligibles au traitement ARV. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), à défaut de traitement, un tiers des bébés séropositifs meurt avant l’âge d’un an.



Obstacles



Selon M. Rapiti, l’étude a révélé deux grands obstacles entravant le traitement des enfants séropositifs : la confusion des professionnels de santé concernant l’application des recommandations nationales et les réticences des mères à faire passer le test du VIH à leur enfant.



Les chercheurs du service MatCH ont observé que le personnel hospitalier avait tendance à mal comprendre les critères de mise sous ARV établis par les recommandations nationales. Selon M. Rapiti, le traitement est souvent retardé, car les professionnels de santé ont du mal à trouver des personnes pouvant se charger de faire suivre le traitement à l’enfant ou au nourrisson et pouvant suivre un cours de sensibilisation au traitement.



Pour combler ces lacunes, le service MatCH a organisé des formations complètes sur les recommandations concernant les traitements et créé des affiches visant à aider les cliniciens et le personnel de santé à comprendre la différence entre le traitement des adultes et celui des enfants. Certains établissements de santé ont également commencé à regrouper les trois séances de formation au traitement obligatoires pour les soignants d’enfants sous ARV en une seule journée, plutôt qu’une fois par semaine, pour ne pas faire perdre de temps aux soignants et leur éviter des frais de transport inutiles.



En outre, le service MatCH et ses collaborateurs ont développé des méthodes pour apprendre aux proches des enfants séropositifs, plus âgés et souvent analphabètes, à les soigner et leur administrer leur traitement. Ainsi, les seringues et les pipettes sont marquées et les bouteilles de comprimés sont numérotées pour indiquer dans quel ordre les enfants doivent prendre leurs médicaments.



Selon M. Rapiti, des conseillers ont commencé à aborder les mères dans les salles d’attente pour leur parler des divers problèmes de santé dont pouvaient souffrir les nourrissons, comme l’insuffisance pondérale et les retards de croissance. Ils profitent également de ces discussions pour encourager les mères à faire passer le test du VIH à leurs enfants.



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