Une nouvelle politique pour gérer les risques de catastrophes – Analyse

Le 27 septembre, d’énormes feux de joie ont marqué la célébration des fêtes de Meskel, qui, pour les Chrétiens orthodoxes d’Ethiopie, coïncident avec la fin de la saison des pluies dans les régions montagneuses du pays. Cette année, les pluies ont été abondantes ; trop abondantes dans certaines régions.



Les habitants de la Cheffa valley, à quelque 350 kilomètres au nord-est d’Addis-Abeba, fêteront sans aucun doute la fin des pluies. Lorsque la zone a été touchée par les inondations, à la fin du mois d’août, les bâtiments se sont effondrés, la boue a envahi les habitations et certains villages ont dû être abandonnés ; les femmes et les enfants ont été contraints de camper dans une école, et les hommes de dormir dehors, avec leur bétail.



Adam Mustafa, 80 ans, a expliqué qu’il s’agissait des inondations les plus dévastatrices qu’il lui ait jamais été donné de voir ; un châtiment divin. Pour d’autres habitants, ces inondations étaient le résultat d’une mauvaise gestion des canaux d’évacuation et d’un écoulement d’eau excessif, dû à la détérioration des terres dans les régions montagneuses. Pour les responsables, elles sont une conséquence du changement climatique.



Quelles qu’en soient les causes, les autorités locales, les groupes d’aide sociale, l’armée, les commerces locaux, les organismes des Nations Unies et les organisations non gouvernementales (ONG) internationales sont intervenus pour apporter de l’aide aux populations. Des secours immédiats - vivres, bâches en plastique, vêtements, couvertures, savon, systèmes de purification de l’eau et soins de santé - ont été apportés dans le cadre d’une opération d’une envergure relativement modeste, mais efficace. Le matériel était acheminé jusque dans les villages sinistrés par les hélicoptères de l’armée.



La vallée fait partie des quelques dizaines de régions touchées par les inondations en Ethiopie, en 2010. Globalement, cette année, selon les estimations du gouvernement, plusieurs centaines de milliers de personnes seront touchées, et des dizaines de milliers d’habitants ont été contraints de quitter leur domicile, au moins temporairement, dans sept régions. Les inondations continuent de menacer certaines zones des basses terres des régions Somali et de Gambella.



Stratégie de gestion des catastrophes



Une nouvelle stratégie gouvernementale est en cours d’élaboration ; elle vise à établir de nouveaux systèmes de gestion des risques perpétuels qui menacent le pays, dont la sécheresse, les inondations et les épidémies.



Abondamment alimentée, des deux côtés, par les cours d’eau des hautes terres, la vaste Cheffa valley, verte et parfois marécageuse, présente un potentiel agricole évident – un maigre buisson de jeunes plants de teff, une culture de base, pousse dans les sols alluviaux de la plaine inondable. Certains agriculteurs procèdent à leur premier désherbage, mais les eaux ont emporté leurs premières semences et ils n’ont pas les moyens de s’en procurer de nouvelles, expliquent-ils. Il faudra plus de temps pour répondre aux besoins de relèvement à long terme, notamment en semences, selon Jibril Osman Wado, représentant des autorités locales.












A local resident in front of house damaged by August 2010 floods near the town of Kemisse in Ethiopia's Amhara region

Dégâts causés par les inondations en août 2010, à Kemisse, dans la région d’Amhara
Ben Parker/IRIN
A local resident in front of house damaged by August 2010 floods near the town of Kemisse in Ethiopia's Amhara region...
http://www.irinnews.org/photo.aspx
Sunday, September 12, 2010
Une nouvelle politique pour gérer les risques de catastrophes – Analyse
A local resident in front of house damaged by August 2010 floods near the town of Kemisse in Ethiopia's Amhara region...


Photo: Ben Parker/IRIN
Dégâts causés par les inondations en août 2010, à Kemisse, dans la région d’Amhara

« Si cette situation se répète chaque année », a dit M. Wado, « les agriculteurs vont avoir des difficultés à survivre ». M. Wado est le directeur de zone du service de prévention des catastrophes et de sécurité alimentaire, dont le siège se trouve dans la ville de Kemisse.



Les travailleurs de la santé s’efforcent encore de faire sécher les dossiers et le matériel stocké au centre de santé de Kemisse. Les réfrigérateurs, le matériel, les médicaments, les ordinateurs et les dossiers papier ont tous fait les frais des inondations. Les tubes à vide utilisés pour les prélèvements sanguins sont pleins de boue, les dossiers médicaux ont été réduits en bouillie et les activités sont perturbées.



« J’ai de la peine pour les patients qui ont été renvoyés chez eux sans recevoir de soins », a dit Hussein Said, administrateur du centre de santé.



Gérer la menace d’inondations – qui surviennent souvent en parallèle avec d’autres urgences naturelles ou d’origine humaine - exige une intervention gouvernementale cohérente et une bonne gestion des ressources nationales et internationales.



Les autorités locales sont toutefois attentives à ne pas exagérer la gravité de la situation causée par les inondations – bien que celle-ci soit « difficile », selon M. Wado - et à souligner l’importance d’un plan de relèvement.



La capacité à gérer calmement des catastrophes d’envergure relativement restreinte fait partie de l’approche de « gestion des risques de catastrophes » adoptée par le gouvernement – un cadre stratégique qui aborde le cycle de prévention, d’atténuation et de relèvement post-catastrophes de manière cohérente.



Inspiré du « Cadre d’action de Hyogo », établi lors de la Conférence mondiale de 2005 sur la prévention des catastrophes, au Japon, le projet de politique éthiopien promet un « changement de paradigme ». Après plusieurs décennies d’opérations d’urgence et de secours réactifs, le Premier ministre Meles Zenawi a déclaré ce mois-ci que le pays n’aurait plus besoin d’aide alimentaire d’ici à 2015. La nouvelle politique marque un effort de rupture avec le passé, en accordant la priorité aux opérations de préparation nationale et en ne faisant intervenir les secteurs privé et bénévole et les organisations internationales qu’en cas de besoin. Auparavant, « la structure d’intervention en cas de catastrophe dépendait trop des ressources externes », peut-on lire dans le document.



Mieux faire face aux catastrophes - et le montrer - est un des principaux objectifs du gouvernement, selon des observateurs.



Problèmes d’image



Au grand dam des dirigeants éthiopiens, au pouvoir depuis plus longtemps que leurs prédécesseurs du régime de Mengistu Hailemariam, renversé en 1991, le pays doit lutter pour se défaire de l’image de faim et de mendicité qu’on lui attribue, ont dit à IRIN certains analystes.



Cette année a été bonne en termes de sécurité alimentaire dans l’ensemble de la région, mais malgré un climat clément, les vulnérabilités de l’Ethiopie – l’insécurité alimentaire étant la plus grave - n’ont pas disparu. Dans un pays de quelque 80 millions d’habitants, qui compte deux millions de bouches à nourrir en plus chaque année, même un pourcentage modeste de personnes dans le besoin représente un fardeau particulièrement lourd.



Selon les statistiques officielles, environ cinq millions d’Ethiopiens – soit environ six pour cent de la population - ont besoin de recevoir une aide alimentaire d’urgence en 2010, ce qui représente environ 650 000 tonnes de vivres (trois pour cent des 18 millions de tonnes de production vivrière nationale prévus). Dans le cadre de son Programme Filet de sécurité productif, le gouvernement fournit une aide en espèces ou sous forme de vivres à 7,5 millions de personnes supplémentaires, souffrant d’insécurité alimentaire chronique.









« Si cette situation se répète chaque année les agriculteurs vont avoir des difficultés à survivre »

L’Ethiopie, dont l’histoire moderne est étroitement liée à la sécheresse et aux pénuries alimentaires, est le théâtre de programmes innovants destinés à atténuer les risques liés au manque de vivres et au climat : assurance climat et risques, filets de sécurité, transferts d’espèces et programmes de travaux publics.



Le gouvernement a réorganisé à plusieurs reprises son architecture d’intervention face aux catastrophes depuis la création de la Commission de secours et de réhabilitation (RRC), dans les années 1970. La dernière politique propose de former un Conseil fédéral de gestion des risques de catastrophes, présidé par M. Meles, en tant qu’organe décisionnel principal.



Les statistiques relatives au nombre de personnes dans le besoin (et la définition de besoin), aux taux de malnutrition et à la prévalence des maladies sont soigneusement gérées et leurs répercussions politiques et diplomatiques, attentivement contrôlées, ont indiqué à IRIN des travailleurs humanitaires et des observateurs.



Certains travailleurs humanitaires craignent toutefois qu’en s’efforçant de débarrasser l’Ethiopie de son image de pays éternellement en crise, qui nécessite continuellement les secours d’urgence de la communauté internationale, le gouvernement ne soit trop empressé de minimiser les problèmes.



Le Rapport 2010 sur les besoins humanitaires préparé par le gouvernement et ses partenaires internationaux évoque un « changement dans le ciblage des bénéficiaires pour différentes interventions » ; employer une nouvelle manière de déterminer qui peut prétendre à recevoir l’aide alimentaire a permis de faire diminuer de plusieurs centaines de milliers le nombre de personnes dans le besoin.



Certains travailleurs humanitaires craignent que les plus pauvres ne perdent au change dans cet effort déployé en vue de montrer que le pays s’achemine vers une indépendance en matière de secours.



Un spécialiste humanitaire a expliqué à IRIN que l’approche adoptée par le gouvernement consistait à « vaporiser » toute notion de dépendance éthiopienne envers les aides d’urgence.



Comme en la jetant dans un feu de joie des fêtes de Meskel.



bp/mw/nh/ail