Réduire le risque de catastrophes dans les bidonvilles

Le risque de catastrophes disproportionné auquel sont exposés un milliard d’habitants des bidonvilles dans le monde pourrait être considérablement réduit par des investissements prudents, selon un rapport récent.



« Nous ne pouvons pas empêcher l’urbanisation, mais nous ne devons pas être naïfs ; tendance n’est pas synonyme de destin : les catastrophes peuvent être évitées », a dit Matthias Schmale, sous-secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), à Nairobi, lors de la présentation mondiale de l’édition 2010 du Rapport sur les catastrophes dans le monde.



Selon Matthias Schmale, les solutions de réduction du risque de catastrophes et de préparation aux catastrophes « doivent être trouvées par le dialogue avec les communautés touchées ; en remontant de bas en haut ».



L’édition 2010 du Rapport sur les catastrophes dans le monde porte sur le risque urbain : selon la FICR, en effet, 2,57 milliards de citadins vivant dans des pays à faible et moyen revenus sont exposés à des niveaux de risque inacceptables, aggravés par l’urbanisation rapide, la mauvaise gouvernance locale, la croissance démographique, les services de santé insuffisants et une vague de violences urbaines.



Selon les estimations, un milliard de citadins vivent actuellement dans des quartiers pauvres surpeuplés ; ils seront 1,4 milliard d’ici à 2020, d’après le rapport, et l’Afrique, souvent considérée comme principalement rurale, « compte désormais une population urbaine plus importante (412 millions d’habitants) que l’Amérique du Nord (286 millions) ».



« La ville est la nouvelle campagne », selon M. Schmale. « Nous savons qu’il vaut mieux distribuer des semences que des vivres... nous devrions investir davantage dans la préparation, comme nous l’ont montré les dernières catastrophes en Haïti et au Chili ; l’ampleur de la catastrophe était plus importante au Chili, mais les répercussions étaient plus graves en Haïti ».



Selon la FICR, la pauvreté urbaine et le risque de catastrophe sont souvent étroitement liés et ce lien sera renforcé par le changement climatique.



« Chaque année, plus de 50 000 personnes peuvent mourir à la suite d’un séisme et 100 millions de personnes peuvent être touchées par les inondations ; et les plus touchés sont le plus souvent des citadins vulnérables », selon la FICR.



Leadership



D’après James Kisia, secrétaire général adjoint de la Société de la Croix-Rouge kényane (SCRK), la définition de développement social doit être repensée.



« L’Africain moyen des régions rurales ne vit pas dans un logement d’une pièce avec ses enfants, mais cela devient de plus en plus la norme dans les habitats informels des zones urbaines ; il semble que nous ayons livré ces problèmes sociaux à la merci du développement économique », a-t-il dit. « Le leadership ne saurait être confié au seul gouvernement : nous devons nous associer pour créer un environnement propice au développement social ».



La bonne gouvernance urbaine est un thème récurrent dans l’édition 2010 du Rapport sur les catastrophes dans le monde, la FICR soulignant qu’il est essentiel d’assurer que les populations soient responsabilisées et investies dans le développement de leur environnement urbain, et qu’elles ne soient « pas marginalisées, ni exposées aux catastrophes, au changement climatique, à la violence et à la mauvaise santé ».



La FICR a repris la citation suivante de David Satterthwaite, principal auteur du rapport et chercheur principal à l’International Institute of Environment and Development (IIED) : « La crise de pauvreté urbaine, l’expansion rapide des peuplements informels et les catastrophes urbaines, de plus en plus nombreuses, sont le résultat de l’incapacité des gouvernements à adapter leurs institutions à l’urbanisation ».



« Cela s’explique aussi en partie par le fait que les organisations humanitaires ne les aident pas [les gouvernements] à le faire : la plupart des organisations humanitaires ont des politiques urbaines inadaptées, voire inexistantes, et sont réticentes depuis longtemps à soutenir suffisamment le développement urbain ».



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