Les communautés discutent des conclusions des essais d’un microbicide

La récente annonce des résultats positifs d’une série d’essais sur un microbicide en Afrique du Sud a donné lieu a des discussions entre scientifiques, activistes et travailleurs communautaires pour savoir quel serait le moyen le plus rapide et le plus responsable de mettre un produit à la disposition des femmes.



Selon les essais menés par le Centre sud-africain du Programme de recherche sur le sida (CAPRISA), un gel vaginal contenant du ténofovir - un médicament antirétroviral (ARV)- permettrait de réduire de 39 pour cent le risque pour les femmes de contracter le VIH durant un acte sexuel.



Dans d’autres parties du monde, ce genre de résultats ne serait peut-être pas une occasion de se féliciter, mais en Afrique du Sud, et particulièrement dans la province du Kwazulu-Natal si durement touchée [par le sida], et où ont eu lieu les essais, une efficacité même aussi partielle pourrait prévenir 1,3 millions de nouvelles infections VIH dans les 20 prochaines années et éviter 800 000 morts, indiquent les modèles mathématiques.



« La question qui nous tracasse tous, c’est celle-ci : si ce [produit] marche, ne devrions-nous pas tout faire pour le rendre disponible le plus vite possible ?” a dit le professeur Helen Rees, directrice de l’Unité de recherche de santé reproductive et VIH (RHRU) de l’Université du Witwaterstrand, au cours d’une réunion à Johannesbourg sur les résultats des essais.



Des représentants des différents secteurs de la communauté anti-sida sud-africaine étaient présents à cette réunion organisée par le Bureau national sud-africain contre le sida (South African National AIDS Council), la RHRU et la Campagne pour l’accès au traitement (TAC), un groupe de pression local, pour discuter les implications des résultats.



Certains participants se sont certes inquiétés de savoir si le fait de laisser la prévention VIH aux femmes ne risquait pas servir d’excuse aux hommes pour ne pas utiliser de préservatifs. Mais la plupart voulaient savoir ce que ces résultats complexes allaient signifier pour les femmes de leur communauté, à quelle date [le produit] pourrait être sur les étagères des pharmacies, et quel serait son coût.



Mme Rees a expliqué que l’autorité de réglementation sud-africaine, le Bureau de contrôle de médicaments (Medicines Control Council ou MCC) demanderait probablement que les résultats soient confirmés par une deuxième étude, avant d’approuver l’enregistrement d’un microbicide contenant du ténofovir. « C’est toujours possible qu’une partie des résultats soit due au hasard, » a t-elle dit.



Trois séries d’essais de méthodes préventives à base d’ARV ont lieu actuellement en Afrique du Sud. L’essai VOICE (Vaginal and Oral Interventions to Control the Epidemic) teste un gel au ténofovir, ainsi qu’une dose orale journalière de ténofovir, et un autre médicament ARV appelé truvada, parmi 5 000 femmes séronégatives, en plusieurs endroits d’Afrique du Sud et dans plusieurs autres pays africains.



Un essai intitulé FEM-PrEP teste les effets de la prise quotidienne d’un cachet de truvada sur la prévention de l’infection VIH chez les femmes. Un troisième essai, le iPrEx, évalue actuellement si le même traitement oral par le truvada peut prévenir le VIH chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes.









« La question qui nous tracasse tous, c’est celle-ci : si ce [produit] est efficace, ne devrions-nous pas tout faire pour le rendre disponible le plus vite possible ? »

Mais comme aucun des ces essais n’utilise le même traitement que celui du CAPRISA, a noté Mme Rees, il y a peu de chance que leurs résultats, même concordants, puissent être utilisés pour la demande d’enregistrement du produit.



Un essai plus important est prévu



Un consortium de six centres de recherche sud-africains envisage de répéter l’essai du CAPRISA à plus grande échelle en élargissant le group d’âge. L’essai du CAPRISA n’incluait que des femmes de plus de 18 ans ; une seconde étude devrait donc établir si le produit est sans danger pour des femmes plus jeunes.



Un essai multisite et de plus grande ampleur devrait également fournir plus d’information sur la façon dont les femmes de différentes communautés pourraient utiliser le gel, et le rapport entre respect des conditions d’utilisation et efficacité du produit.



L’essai initial a établi que les femmes utilisant le gel dans 80 pour cent de leurs relations sexuelles avaient 54 pour cent moins de risques d’être contaminées par le VIH, tandis que pour celles qui l’utilisaient moins de la moitié du temps, la réduction des risques de contamination n’était que de 28 pour cent.



« Des essais différents vont répondre à des questions différentes, mais ils ne pourront jamais déterminer la sécurité et l’efficacité [d’un produit] en conditions réelles, » a rappelé Thesla Panalee de la RHRU.



Mme Rees a constaté que le conseil VIH approfondi et le dépistage régulier dont bénéficient les femmes faisant partie des essais de prévention avaient eu des conséquences importantes sur leur comportement face aux risques sexuels. Ainsi, on a pu noter que les participantes à l’essai du CAPRISA avaient davantage utilisé les préservatifs et avaient réduit leur activité sexuelle. « Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas obtenir les mêmes résultats dans le monde réel ? », a t-elle demandé.



Malgré ce changement comportemental notable, 98 femmes ont été contaminées durant l’essai du CAPRISA : 38 dans le groupe traité au ténofovir et 60 dans le groupe ayant reçu un placebo. Au cours du meeting de Johannesbourg, on s’est interrogé pour savoir s’il était éthique, de ne donner qu’un placebo à certaines femmes participant aux prochains essais, maintenant qu’on avait des preuves qu’on disposait d’un produit efficace.

Mme Rees a rappelé aux participants que les résultats du CAPRISA devaient encore être reproduits au cours d’un essai de confirmation. « Si nous voyons qu’un produit est très efficace, nous pouvons arrêter l’étude prématurément, » a t-elle affirmé.

Entre temps, les chercheurs et les activistes auront largement de quoi faire : il va falloir mener les études et explorer la meilleure façon de produire, de choisir un nom et de distribuer un produit microbicide, tout en réduisant les coûts au maximum.



Voir aussi : GLOBAL: Microbicides - from results to reality



ks/he/og