Des problèmes fonciers qui perdurent

Au Kenya, à deux jours du référendum constitutionnel, la question des terres – propriété, quantité et usage - reste la plus controversée, défenseurs et opposants suggérant différentes interprétations des droits fonciers prévus par le nouveau projet de Constitution.



« Pour nous qui avons vécu toute notre vie sur des terres gouvernementales protégées, tout comme nos pères et nos grands-pères, certains d’entre nous espèrent que le projet de Constitution nous aidera à revendiquer ce qui nous revient de droit », a dit à IRIN Daniel Sambrumo, président d’un groupe de 2 750 personnes expulsées d’une forêt voisine de la région de Trans Nzoia West, dans l’ouest du Kenya, le 29 juillet.



« En même temps, nous avons entendu dire que selon ce même projet, nous demeurerions des squatters si notre demande de concession de terres était rejetée par les autorités. Alors beaucoup d’entre nous hésitent entre les deux : est-ce qu’on dit non, ou est-ce qu’on dit oui ? Ce que nous savons, c’est que nous avons besoin de nos terres pour gagner notre vie, et pour laisser quelque chose à nos enfants ; cette région est la terre de nos ancêtres, nous n’avons nulle part d’autre où aller ».



Selon Daniel Sambrumo, membre du groupe ethnique des Sabaot, dont les deux clans principaux (les Soi et les Ndorobo) sont impliqués dans une bataille foncière qui les oppose de longue date dans la région voisine de Mont Elgon, de nombreux habitants de Trans Nzoia et de Mont Elgon n’ont pas de titre de propriété, ce qui complique la résolution des querelles foncières.



« La majorité des gens expulsés de la forêt se sont retrouvés à l’école [primaire de Teldet, dans la région de Kissawai, dans la division administrative de Saboti] car ils n’avaient nulle part où aller ; maintenant, le jour du référendum approche, mais personne ne nous a expliqué clairement ce à quoi nous avions droit en tant qu’expulsés de la forêt », a-t-il indiqué. « Nous n’avons pas le statut de [personnes déplacées] car nous avons été expulsés des terres du gouvernement, d’où le terme d’expulsés de la forêt. Nous sommes comme les populations expulsées des forêts de Mau et d’Embobut, mais bon, nous sommes tous kényans, la terre où nos ancêtres ont vécu nous revient de droit ».


































Répercussions des violences post-électorales de 2007-2008


Au moins 300 000 personnes déplacées
Au moins 1 100 morts (tués, pour la plupart, par les forces de sécurité)
3 000 viols perpétrés, selon les estimations
Des biens détruits dans les régions rurales et urbaines
Des conséquences sur la productivité alimentaire, en particulier dans la province de la Vallée du Rift et la province Occidentale
Un accord national signé en février 2008 sur la formation d’un gouvernement de coalition

Pour Adson Ndiema Cheseret, également expulsé de la forêt, voter pour ou contre la constitution ne servira à rien tant que certains Kényans resteront sans terres, alors que le gouvernement pourrait les réinstaller ailleurs.



« Regardez-moi, j’ai 86 ans, maintenant ; le gouvernement nous fait déménager, ma famille et moi, d’un endroit à l’autre, en nous disant que nous occupions les terres du gouvernement, et finalement, je me retrouve dans ce camp. Est-ce que c’est la vie qu’ils veulent que je mène ? Je vais voter, mais j’ai besoin d’être sûr que je pourrai vivre sur des terres où je pourrai être enterré ; des terres qui appartiendront à mes enfants et à mes petits-enfants », a-t-il dit.



« Je demande au gouvernement de faire en sorte que tous les squatters puissent s’établir quelque part, notamment ceux qui, comme nous, ont été expulsés de la forêt où ils vivaient depuis toujours ».



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