« Il est plus effrayant de ne pas faire le test du VIH »

Au Liberia, où les maladies sexuellement transmissibles (MST) font partie des principales causes de morbidité, de plus en plus de jeunes sont prêts à demander des services de conseil et de dépistage des MST, mais la plupart ont encore peur d’effectuer le test du VIH.



« Les adolescents doivent se persuader les uns les autres de faire un dépistage des MST et du VIH, sinon ils ont trop peur pour venir », a dit Elizabeth Blama, conseillère dans un centre du quartier de Pipeline, à Monrovia, soutenu par Merlin, une ONG (organisation non gouvernementale) spécialisée dans la santé.



D’après les estimations officielles, le taux d’infection au VIH serait d’environ 5,2 pour cent, mais selon le Plan de santé national 2007-2011, les données utilisées seraient inadéquates et aucune conclusion fiable ne pourrait être tirée ; on pense que le taux est beaucoup plus élevé dans la capitale, Monrovia, que dans le reste du pays.



Une enquête démographique menée en 2007 a montré que 90 pour cent des Libériens avaient entendu parler du sida, mais que seulement la moitié des femmes et 70 pour cent des hommes savaient que les préservatifs réduisaient le risque d’infection par le VIH.



Merlin gère des cliniques de santé reproductive dans des centres de jeunes à travers le pays, dans lesquelles les jeunes bénéficient de conseils sur les moyens permettant d’éviter les MST et les grossesses non désirées, reçoivent des préservatifs gratuits et peuvent effectuer des tests de dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST).



Pauline Wleh, conseillère et infirmière au centre soutenu par Merlin dans le centre-ville de Monrovia, a dit à IRIN que seulement six pour cent des jeunes qui venaient bénéficier des services de conseil ou de dépistage des MST acceptaient d’effectuer aussi le test du VIH. Au centre de Pipeline, ce taux est encore plus faible – sur les 200 jeunes qui viennent chaque mois au centre, seulement cinq effectuent un test du VIH.



« Ils aiment les services de conseil – ils parlent surtout de leurs problèmes de relations – mais ils ont peur des tests », a dit Mme Wleh à IRIN. « La plupart d’entre eux ont trop peur d’aller à la ‘porte noire’ », le nom donné familièrement à un centre de soins du sida tenu par les sœurs de la miséricorde dans la capitale. « Il faut que leurs pairs les encouragent, les persuadent que ce n’est pas si effrayant [de faire le test du VIH] ».



Anita Duwo, 15 ans, travailleuse de proximité à New Kru town, un quartier de Monrovia, a dit à IRIN que la pression des pairs commençait à fonctionner. « J’essaie de convaincre les gens qu’il est plus effrayant de ne pas faire le test que de faire le test », a-t-elle dit.



D’après elle, les Libériens sont relativement ouverts quand il s’agit de parler de sexualité, mais sont encore réticents à parler des maladies sexuellement transmissibles, et du VIH en particulier. « Les IST sont encore très cachées dans les familles – des familles peuvent encore être isolées par la communauté [à cause du VIH], et il arrive encore que des personnes infectées soient au chômage [pour cette raison]… mais les gens commencent à avancer et à poser des questions », a-t-elle dit.



Des jeunes vont de maison en maison et se rendent dans toutes les écoles pour encourager leurs pairs à venir bénéficier des services de conseil et de dépistage ; Merlin sponsorise des groupes de jeunes dans les écoles, et dans les « clubs d’anniversaire » pour lever des fonds pour des cadeaux d’anniversaire, de manière à impliquer davantage les adolescents, a dit Mme Blama à IRIN.



Les approches indirectes sont les plus efficaces. « Au centre de jeunes, nous proposons du basket-ball, des formations professionnelles et des conseils sur les aptitudes à la vie quotidienne, et ensuite nous espérons que les jeunes vont se faufiler vers la clinique par la porte de derrière… Ces jeunes ne veulent pas aller à leur clinique locale pour demander des services de conseil et de dépistage, parce que leur famille et leurs voisins seraient là et ils ne se sentiraient pas à l’aise », a-t-elle dit.



La plupart de ceux qui viennent bénéficier des services de conseil sont des filles et des jeunes femmes, dont beaucoup fréquentent des « papas sucre », qui leurs donnent des cadeaux ou de l’argent en échange de faveurs sexuelles. « Nous essayons de dire à ces filles que si elles changent leur mode de vie de manière positive et choisissent une autre voie pour gagner de l’argent – en montant un petit commerce par exemple – alors tout s’améliorera pour elles, y compris leur santé sexuelle », a dit Mme Blama.



Les conseillers cartographient les réseaux sexuels avec l’aide des jeunes pour leur faire prendre conscience des dangers de la transmission des maladies.



D’après Mme Wleh, les changements de comportement sont en bonne voie chez les jeunes, et des sujets comme le dépistage du VIH ou les moyens d’éviter une grossesse non désirée sont abordés dans une émission de radio hebdomadaire intitulée « Let's talk about sex » (« Parlons de sexualité »).



« L’émission a vraiment ouvert le débat – les choses commencent à changer », a-t-elle dit. « Mais sans le dépistage, nous ne connaissons toujours pas l’étendue du problème ».



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