Les infirmiers mobilisés pour accélérer l’accès aux ARV

Les infirmiers rwandais seront bientôt autorisés à administrer aux patients séropositifs des antirétroviraux (ARV), traitements destinés à prolonger leur vie – une mesure qui, d’après les responsables du ministère de la Santé, accélèrera l’extension de l’accès aux ARV dans ce pays d’Afrique de l’Est.



« Le transfert des tâches réduira le nombre de cas nécessitant la présence d’un médecin, ce qui permettra de réduire le nombre de patients éligibles aux traitements qui n’ont pas démarré les ART parce qu’ils doivent attendre la visite du médecin », a dit à IRIN/PlusNews Aimable Mbituyumuremyi, de TRAC-Plus, le Centre de traitement et de recherche sur le sida, le paludisme, la tuberculose et d’autres maladies à caractère épidémique.



Actuellement, pour démarrer un traitement ARV, il faut une consultation médicale et une prescription d’un médecin. Les infirmiers sont chargés du suivi régulier du patient et peuvent renouveler les ordonnances d’ARV existantes. Les médecins sont généralement basés dans les hôpitaux de district et effectuent des visites dans les centres de santé une fois par semaine.



D’après des responsables de TRAC-Plus et du ministère de la Santé, le nouveau programme vise à former deux infirmiers dans chaque centre de santé offrant des services VIH. D’ici la fin du mois de mai, 600 infirmiers seront formés aux aspects théoriques et pratiques des prescriptions d’ARV. La formation sera suivie d’une période de tutorat de trois mois, pendant laquelle les médecins des hôpitaux de districts effectueront des visites de suivi dans chaque centre de santé, afin de guider les infirmiers dans la prise en charge des patients.



D’ici septembre, les infirmiers seront autorisés à prescrire des ARV dans des cas ne présentant pas de complications et nécessitant des médicaments de première intention.



Les cas présentant des complications significatives et pouvant nécessiter des ARV de seconde intention continueront à être référés aux médecins. Les médecins et les surveillants des hôpitaux de district continueront à encadrer les infirmiers lors de leurs visites de formation trimestrielles dans les centres de santé.



Une étude menée en 2009 par l’ONG (organisation non gouvernementale) Family Health International et le ministère de la Santé, visant à évaluer la prise en charge des ARV par les infirmiers dans des centres de santé ruraux du Rwanda, a montré que les infirmiers pouvaient « prescrire des ARV avec efficacité et sécurité lorsqu’ils bénéficiaient d’une formation, d’un encadrement et d’un soutien adéquats ».



Le Rwanda souffre d’une grave pénurie de travailleurs de santé ; d’après l’Organisation mondiale de la santé, le pays compte approximativement un médecin pour 10 000 habitants et quatre infirmiers et sages-femmes pour 10 000 habitants, contre 13 médecins pour 10 000 habitants dans le monde et 32 pour 10 000 habitants en Europe.



Le nombre limité de travailleurs de santé subit une pression énorme du fait du développement rapide des ARV. D’après TRAC, les patients sous ARV sont passés d’environ 34 000 à la fin 2006 à plus de 75 000 à la fin 2009 – soit une augmentation de 120 pour cent – tandis que le nombre de centres de santé proposant des ARV est passé de 133 à 252 au cours de la même période.



Un des objectifs du dernier plan stratégique national rwandais de lutte contre le VIH/SIDA est que tous les établissements de santé du pays puissent proposer d’ici 2012 un programme complet de services contre le VIH, qui comprendrait notamment des traitements ARV ; il vise également à ce que 90 pour cent des patients éligibles bénéficient d’un traitement contre le VIH. Le plan envisage le transfert des tâches comme un élément crucial pour atteindre ces objectifs.



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