Des téléphones portables pour réduire le nombre de décès maternels

Les téléphones portables ont fait chuter de manière spectaculaire le nombre de femmes mourant durant l’accouchement dans le village d’Amensie dans le centre-sud du Ghana, selon des responsables sanitaires locaux.



Des travailleurs médicaux et sociaux ont dit que même si d’autres améliorations dans les soins de santé primaires à Amensie – dans le cadre du projet des Villages du Millénaire – avaient contribué à la baisse, la disponibilité des téléphones portables avait été cruciale.



« Quand nous n’avions pas de systèmes de télécommunication mobile, les femmes mouraient », a dit Lydia Owusu, infirmière du district, à IRIN. « C’était effrayant d’être enceinte ici avant que ce projet n’arrive… Les mères se vidaient de leur sang en attendant dans leur maison, espérant qu’un travailleur médical viendrait les aider ».



« Nous n’avons pas enregistré un seul décès maternel dans le village d’Amensie depuis 2006 quand le projet a démarré », a-t-elle dit.



Avant que le téléphone portable et la technologie d’internet n’arrivent à Amensie, une vingtaine de femmes mouraient pendant l’accouchement chaque année, selon Mme Owusu. Aucune n’est morte en 2008.



Selon les Nations Unies, au Ghana, 560 femmes en moyenne meurent pendant l’accouchement ou de complications dues à la grossesse, pour 100 000 naissances vivantes.



Julie Asante, une habitante d’Amensie âgée de 35 ans, berçait son fils de deux semaines pendant qu’elle disait à IRIN : « Mon premier enfant est mort pendant la naissance. C’était douloureux parce que je sais maintenant qu’elle devait mourir pour que je puisse vivre ».



La mère de Mme Asante a supervisé l’accouchement du premier enfant à la maison parce que la famille ne pouvait pas joindre l’ambulance ou l’unique sage-femme du district, a dit Mme Asante.



Cette fois ci, son mari a appelé l’hôpital avec son nouveau téléphone portable. « En un rien de temps l’ambulance était là pour m’emmener. C’était facile ».



Amensie fait partie d’un ensemble de villages appelé Bonsaaso, à 60 kilomètres de Kumasi, la deuxième plus grande ville du Ghana, dans la région Ashanti.



Bonsaaso fait partie du projet des Villages du Millénaire, dans lequel des villages sont sélectionnés par des agences de développement pour recevoir de l’assistance pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement et aider les habitants – dans ce cas, ils sont 30 000 – à se sortir de la pauvreté.



Depuis 2006, les partenaires au développement ont construit et rénové les écoles et les cliniques médicales de Bonsaaso, et fourni une ambulance à l’hôpital du district le plus proche, à Tonto Krom, à 12 kilomètres.



Mais même avec la première ambulance du district, les décès maternels n’avaient pas diminué, car les villageois ne pouvaient pas communiquer avec le véhicule quand ils en avaient besoin, a dit Mme Owusu.



Au Ghana, la moitié des femmes donnent naissance à la maison sans la présence d’un travailleur médical qualifié, alors que le manque d’accès à l’équipement et aux travailleurs médicaux qualifiés est une des causes principales de décès à la naissance, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, UNICEF.



En 2006, le fabricant de téléphonie mobile Ericsson s’est allié à l’entreprise de télécommunication mobile Zain pour installer l’accès à internet et un réseau de téléphonie mobile dans les villages. Ils ont distribué des téléphones gratuits aux travailleurs médicaux et vendu des téléphones aux villageois pour 10 dollars pièce.



« Nous participons à ce projet parce que nous croyons que la technologie de l’information et de la communication joue un rôle critique pour aider à mettre un terme au cycle de la pauvreté », a dit à IRIN Elaine Weidman, vice-présidente de la responsabilité de l’entreprise chez Ericsson.



Selon les Nations Unies, la santé maternelle en général s’est améliorée à Bonsaaso grâce à l’amélioration des services de soins de santé primaires. Mais Mme Owusu, l’infirmière, a dit que la baisse des décès durant l’accouchement était d’abord due aux technologies de l’information et de la communication (TIC), et en plus, à l’ambulance.



Pour Samuel Afram, responsable de l’équipe du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) qui gère le projet au Ghana, les composantes TIC du projet aideront la région à atteindre l’ensemble des huit objectifs du Millénaire pour le développement.



La présence d’ordinateurs à l’école, par exemple, a aidé à augmenter le nombre d’inscrits, a-t-il dit.



La Banque Mondiale et d’autres institutions ont établi dans de nombreuses études une corrélation positive entre l’amélioration des TIC et l’accès à une réduction de la pauvreté.



Mais les TIC ne sont en aucune façon une panacée pour améliorer la logistique sanitaire, a souligné M. Afram – les fonds pour acheter des fournitures et de l’équipement doivent aussi être augmentés.



Durable ?



Les sociétés de TIC s’impliquent de plus en plus dans la réponse aux problèmes liés à la pauvreté grâce à des solutions technologiques, selon Ericsson.



L’Applications Laboratory de la banque Grameen, financé par la Fondation Bill et Melinda Gates, a travaillé avec le Service de santé du Ghana (GHS) pour fournir des téléphones à un prix abordable aux femmes enceintes dans la région du Haut Ghana oriental. Les femmes reçoivent des réponses à des questions anténatales et post-natales classiques, ainsi que des rappels pour des examens médicaux et des vaccinations.



M. Afram a dit qu’il se posait des questions sur ce qui arriverait au projet TIC en 2015 quand les partenaires de développement passeront le relais du projet des villages du Millénaire au gouvernement.



« Comment faire vivre le projet au-delà de l’échéance de 2015 est notre plus grand souci parce qu’il continuera à demander un investissement significatif », dit-il, estimant qu’il faudrait deux millions de dollars par an pour faire fonctionner le projet.



Haruna Iddrisu, ministre ghanéen de la Communication, a dit à IRIN que le gouvernement ne pouvait pas continuer sans l’aide du secteur privé. Il a dit qu’il avait commencé à discuter avec des sociétés d’informatique pour voir comment financer le projet après 2015.



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