Menace sur la région du Delta

En Egypte, la région du Delta risque de subir une catastrophe naturelle de très grande ampleur d’ici 2020, à moins que des mesures d’urgence ne soient prises pour améliorer la gestion des maigres ressources en eau douce et trouver des solutions pour atténuer les effets de la montée du niveau de la mer, d'après des sources gouvernementales.



Le pays est confronté à une double menace : les besoins en eau risquent de dépasser les ressources d’ici 2017, et l’élévation du niveau de la mer au cours des prochaines décennies pourrait provoquer l’inondation d’une grande partie de la région fertile du delta, où vivent 60 pour cent des 78 millions d’habitants du pays.



« De nombreuses villes et zones urbaines situées dans la partie nord du delta seront touchées par la hausse du niveau de la Méditerranée dès 2020, et environ 15 pour cent des terres du delta sont [déjà] exposées aux risques liés à l’élévation du niveau de la mer et à l’infiltration [de l’eau salée] dans les nappes souterraines », a dit George Maged, ministre de l’Environnement, lors d’une commission parlementaire, il y a quelques mois.



Mohamed al-Raey, de l’Université d’Alexandrie, a dit à IRIN, au Caire, que l’inondation avait déjà commencé, au sens où le niveau de la Méditerranée s’élève de deux centimètres par an depuis une dizaine d’années. « Certaines parties du littoral égyptien sont déjà inondées », a-t-il déclaré, ajoutant que la région devait s’attendre à subir des tempêtes de sable plus fréquentes et des périodes de sécheresse plus longues, suivies d’inondations.



D’après des chercheurs, le niveau de la Méditerranée devrait gagner 30 à 100 centimètres d’ici la fin du siècle. Si le niveau de la mer s’élevait d’un mètre, Alexandrie serait submergée.



Le Caire a alloué 300 millions de dollars à la construction de murs en béton destinés à protéger les plages d’Alexandrie, dans le cadre d’une « étude stratégique nationale » visant à lutter contre les inondations à venir.



« A présent, l’Etat égyptien prévoit de protéger les plages du nord, mais après cette étape, le gouvernement sera obligé de faire appel à l’aide internationale », a dit à IRIN Hussein Al-Atfy, secrétaire de la Commission nationale égyptienne sur l’irrigation et le drainage, ajoutant que le coût des mesures préventives était trop élevé pour être pris en charge par l’Egypte seule.




Photo: Otto Simonett/UNEP-GRID
L’impact potentiel d’une hausse du niveau de la mer sur la région du delta du Nil, d’après les estimations du PNUE/GRID. Voir l'image en plus grand

« Pauvreté en eau »



Les pénuries d’eau frappent déjà les populations les plus pauvres – en particulier dans les zones situées à proximité des nouveaux projets de développement urbain, car d’importantes quantités d’eau sont utilisées pour satisfaire les besoins croissants des nouvelles zones d’habitation, au détriment des zones défavorisées.



« Si nous voulons maintenir la sécurité économique, physique et environnementale de l’Egypte et de la région, il faut absolument adopter de nouvelles stratégies politiques, et développer un système de gestion de l’eau qui convienne à tous les Egyptiens », a dit à IRIN Diaa Al-Qusi, ancienne consultante au ministère des Ressources en eau.



La réduction du débit du Nil, combinée à la forte croissance de la population égyptienne, exercent déjà une pression sur la production agricole. Le ministère du Commerce a prolongé à 2010 une interdiction d’exporter certaines céréales cultivées dans le pays, telles que le riz, dont la production consomme de grandes quantités d’eau.



D’après Mahmoud Abdel Halim Abu Zeid, ministre des Travaux publics et des ressources en eau, l’Egypte « est d’ores et déjà entrée dans le cycle de la pauvreté en eau ».



Dans un rapport publié récemment, le Centre d’information et d’aide à la décision, un organisme gouvernemental de recherche, a estimé que les besoins en eau de l’Egypte s’élèveraient à 86,2 milliards de mètres cube en 2017, tandis que les ressources n’atteindraient que 71,4 milliards de mètres cube.



En 2006, les ressources en eau de l’Egypte étaient de 64 milliards de mètres cube, dont 55,5 milliards, soit 87 pour cent, provenaient du Nil. Mais le rapport prévoit que d’ici 2017, le Nil ne fournira plus que 80,5 pour cent des ressources en eau du pays.



Risque de conflit militaire



Cette situation problématique est aggravée par les revendications des 10 autres pays du bassin du Nil, qui souhaitent exploiter une plus grande partie des eaux du Nil, afin de compenser la diminution des précipitations.



Alors que l’Egypte et le Soudan sont les plus grands consommateurs des eaux du Nil, les autres pays, situés en amont, demandent une révision de l’accord de 1929 conclu entre l’Egypte et la Grande-Bretagne, qui organise la répartition des eaux du Nil en attribuant à l’Egypte le quota d’exploitation le plus important.



Cet accord, qui n’est pas reconnu par les huit autres pays du bassin du Nil, garantit à l’Egypte l’exploitation annuelle d’un volume d’eau de 55,5 milliards de mètres cubes.



Certains experts avertissent qu’un conflit militaire pourrait éclater entre les 10 pays du bassin du Nil au sujet de la répartition des ressources en eau, si ces différends ne sont pas résolus à temps. Le ministère égyptien des Affaires étrangères considère l’exploitation des eaux du Nil comme un enjeu de sécurité nationale, et explique que, contrairement aux autres pays concernés, l’Egypte ne dispose pas d’autre source d’eau douce.



« L’eau du Nil est un enjeu de sécurité nationale pour l’Egypte, et l’ancien président du pays, Mohamed Anwar Sadat, avait menacé d’avoir recours à la force militaire si un Etat du bassin du Nil tentait de faire amender l’accord de 1929 », a dit à IRIN Hani Raslan, du Centre d’études politiques et stratégiques d’Al-Ahram.



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