Quel prix pour un test CD4 ?

Au centre de traitement des infections opportunistes à l’hôpital Parirenyatwa, le plus important établissement de référence de Harare, la capitale zimbabwéenne, une trentaine de patients séropositifs participent à leur première séance d’orientation sur la manière de mener une vie saine.



Au cours de ces quatre séances d’orientation, les patients apprennent l’importance d’adopter un régime alimentaire équilibré, de révéler son statut sérologique aux membres de la famille et d’éviter de fumer et de consommer de l’alcool.



Un patient ne peut débuter une thérapie antirétrovirale (ARV) qu’après avoir participé à ces séances d’orientation et subi divers tests. Cependant, l’hôpital n’est plus en mesure de proposer ce service.



Pour protester contre l’absence de salaires, de médicaments et de matériel liée au marasme économique et politique national, les travailleurs sanitaires ont observé un mouvement de grève à la fin de l’année 2008, contraignant la plupart des hôpitaux à fermer leurs portes pendant plusieurs mois.



Sous le gouvernement d’unité nationale, la plupart des travailleurs sanitaires ont repris le travail, mais selon Amon Siveregi, directeur de l’Association des médecins du Zimbabwe, et médecin à Parirenyatwa : « Dans chaque service, il y a toujours des machines qui ne fonctionnent pas. »



Par exemple, un appareil de comptage CD4, qui permet de déterminer la résistance du système immunitaire et une mise sous traitement opportune, n’est plus fonctionnel depuis plusieurs mois, l’instrument servant à surveiller le fonctionnement du foie et la charge virale dans le sang n’est également pas opérationnel.



Miriam Murema*, une dame âgée de 39 ans, a terminé ses séances d’orientation. Lorsqu’elle parvient à économiser suffisamment d’argent pour payer les frais d’autobus, elle se rend à l’hôpital dans l’espoir que l’appareil de comptage CD4 soit réparé. Son taux de CD4 a été mesuré en 2007 et s’établissait à l’époque à 248. Depuis, elle a perdu du poids et souffre d’une infection urinaire. Ainsi, son taux de CD4 est probablement passé sous la barre de 200, et Miriam doit être admissible au traitement gratuit.



Le médecin de Miriam Murema l’a orientée vers l’hôpital de Harare, l’unique établissement public de la capitale équipé d’un appareil de comptage CD4 fonctionnel. Toutefois, à l’image de plusieurs autres patients auxquels les équipes d’IRIN/PlusNews se sont adressées, Miriam a été éconduite, car elle n’était pas une patiente de l’établissement.


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Elle vend actuellement des légumes pour amasser de l’argent et pour pouvoir subir un test CD4 dans une clinique privée.



« Jusqu’à présent, j’ai réussi à économiser 10 dollars américains », a-t-elle confié à IRIN/PlusNews. « J’ai besoin de 20 dollars supplémentaires. »



Les rares hôpitaux publics et missionnaires qui sont bien équipés facturent entre 5 et 10 dollars américains pour un test CD4, mais certains exigent également que leurs patients subissent un test de fonction hépatique et une numération formule sanguine



Le service public est moins onéreux que le service privé, mais compte tenu de la longue période d’hyperinflation au Zimbabwe et du taux de chômage élevé (supérieur à 80 pour cent), la majorité des patients n’ont pas les moyens d’y faire appel.



Après avoir parcouru six fois les 25 kilomètres qui séparent son domicile de l’hôpital Parirenyatwa et n’avoir pu subir un test CD4, Susan Tsoka* est finalement parvenue à économiser 30 dollars américains afin de faire appel aux services d’une clinique privée.



Emaciée et incapable de parler autrement qu’en chuchotant, Susan a appris que son taux de CD4 était égal à 3. Elle peut enfin consulter un médecin, mais avec un système immunitaire si faible, il est peut-être trop tard pour qu’un traitement ARV soit efficace.



Le docteur George Vera, directeur clinique de l’hôpital de Harare, a indiqué qu’il n’existait aucune politique officielle selon laquelle les patients provenant d’un autre établissement devaient être éconduits. Mais il a expliqué que le laboratoire manquait de personnel et qu’il devait s’assurer d’avoir les produits chimiques nécessaires pour effectuer les tests.



En outre, il a souligné que selon le protocole du ministère de la Santé, les patients n’avaient pas besoin de subir un test CD4 pour débuter une thérapie ARV. Le ministre de la Santé Henry Madzorera a confirmé que les patients se trouvant à la phase trois ou quatre de la maladie – phase déterminée par des symptômes observables, conformément aux critères de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), devaient débuter un traitement ARV sans subir au préalable un test CD4.



« Certains docteurs sont très idéalistes dans leur manière de voir les choses, mais nous ne vivons pas dans un monde idéal », a estimé le docteur Henry Madzorera. « Les tests CD4 sont devenus très onéreux et nous encourageons les médecins à se référer aux critères de l’OMS », a-t-il poursuivi.



Ironie du sort, si Miriam Murema s’était rendue dans un hôpital de campagne pour recevoir un traitement, elle aurait rencontré moins d’obstacles. Par exemple, l’hôpital du district rural de Mutoko, situé à deux heures au nord-est de Harare, n’a jamais disposé d’appareils de comptage CD4, et a proposé un traitement ARV à 1 250 patients depuis 2006.



« On nous a dit que nous allions recevoir un appareil de comptage CD4, mais nous ne l’avons jamais reçu », a déploré Kembo Chenjerai, conseiller au centre de traitement des infections opportunistes de l’hôpital. « Nous nous fions principalement aux critères de l’OMS », a-t-il ajouté.



Bien que ce ne soit la méthode parfaite - « certains patients peuvent paraître comme étant à la première phase de la maladie et mourir une semaine plus tard », Kembo Chenjerai a expliqué que des patients pouvaient subir un test de dépistage du VIH et débuter une thérapie ARV immédiatement, si nécessaire.



Naume Rinomota, une veuve de 53 ans qui vit avec son frère dans une ferme, a appris sa séropositivité il y a deux semaines et est déjà sous ARV. Elle a confié que sa tête et ses articulations la faisaient moins souffrir depuis qu'elle a débuté le traitement.



*Un nom d’emprunt



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