Des amendes pour lutter contre le paludisme

Dans la région de Khombole, au Sénégal, le nombre de cas de paludisme a chuté de 98 pour cent ces 10 dernières années. Si les moustiquaires longue durée à deux dollars et les nouveaux médicaments, subventionnés par le gouvernement, ont permis de réduire les cas de paludisme, les visites rendues à domicile dans les 60 villages de la région y ont également contribué, selon une association locale de lutte contre le paludisme.



« Donner à quelqu’un une moustiquaire, ça ne suffit pas », a expliqué El Hadj Diop, président d’une association de lutte contre le paludisme, à Thienaba, village de Khombole, situé à 80 kilomètres au nord de Dakar. M. Diop a ainsi expliqué que des bénévoles se rendaient à l’improviste chez les habitants, après la distribution des moustiquaires.



« On prend au sérieux l’installation des moustiquaires. Si quelqu’un n’a pas installé sa moustiquaire, on lui fait payer un dollar ». Depuis que des amendes ont commencé à être infligées, en 2006, seules six personnes ont dû en payer. « [Les gens pensent] que c’est dommage de ne pas installer sa moustiquaire. Personne n’a dû payer d’amende depuis longtemps ».



En 2008, 57 cas de paludisme ont été signalés à Khombole contre 3 542 il y a neuf ans, selon les registres médicaux de la région.


Cas de paludisme signalés à Khombole
1999: 3 452
2008: 57
Source: Autorités sanitaires régionales de Khombole

Le taux d’utilisation des moustiquaires augmente généralement de 10 à 23 pour cent lorsque des visites à domicile sont effectuées après la distribution des moustiquaires, selon les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies, dont les estimations reposent sur diverses études menées au Togo, au Niger, en Sierra Leone et à Madagascar.



Depuis 2004, aucun décès causé par le paludisme n’a été signalé, selon M. Diop. « Je ne peux même pas vous dire combien de décès nous avions il y a 10 ans. Plus que je ne peux en compter. J’ai perdu ma fille de 12 ans ».



Sa fille s’était sentie malade, un jour, en rentrant de l’école, et deux jours plus tard, elle était décédée, à son domicile, a-t-il raconté.



Depuis que 60 villages ont formé des comités chargés de veiller à l’utilisation des moustiquaires, qui envoient des bénévoles parler de santé aux habitants, et ont commencé à créer des cercles de prêt, en 2001, pour acheter des moustiquaires et des médicaments contre le paludisme aux familles qui n’avaient pas les moyens de s’en procurer, les décès causés par le paludisme sont « de l’histoire ancienne », a expliqué M. Diop à IRIN.



A l’échelle nationale, si 60 pour cent des ménages ont reçu des moustiquaires, seule la moitié d’entre elles sont utilisées, selon une enquête menée en décembre 2008. Ce taux dépend de la saison, selon Mame Birame Diouf, directeur adjoint du Programme national de contrôle du paludisme. « Davantage de gens utilisent les moustiquaires pendant la saison des pluies [et du paludisme], qui se termine en octobre, chez nous ». L’objectif est d’atteindre les 80 pour cent, selon M. Diouf.



S’il n’est pas précisé, à la distribution des moustiquaires, que celles-ci devraient être réservées en priorité aux femmes et aux enfants de moins de cinq ans (les plus vulnérables au paludisme), les hommes risquent d’utiliser la seule moustiquaire de leur famille, laissant leurs enfants dormir sans protection, dans les cuisines et les zones communes, selon les chercheurs de la Tulane University School of Public Health and Tropical Medicine.



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