« Je suis accro au khat et je suis toujours sur le marché »

Aïsha*, 24 ans, vit à Hargeisa, la capitale de la République autoproclamée du Somaliland, dans le nord-ouest de la Somalie, où elle subvient à ses besoins et ceux de son enfant en vendant son corps pour de l’argent et du khat, une plante stimulante. Aïsha a raconté sa vie à IRIN/PlusNews au cours d’une conversation fréquemment interrompue par des clients qui l’appelaient pour prendre rendez-vous.



« Quand j’étais plus jeune, je me suis mariée à Burao [une ville située à 340 kilomètres à l’est de Hargeisa] et j’ai eu deux enfants, mais je ne m’entendais pas avec ma belle-mère. On se disputait tellement que j’ai demandé le divorce à mon mari et je suis partie avec les enfants.



« Quand je suis arrivée à Hargeisa, je ne trouvais pas de travail, je n’avais pas les moyens de nourrir mes enfants… Un de mes enfants a eu la diarrhée et il est mort.



« J’ai rencontré des filles qui étaient des travailleuses du sexe et elles m’ont dit que c’était un moyen facile de gagner de l’argent. La première fois que mes amies m’ont présentée à un homme, il m’a donné des cadeaux pour les enfants ; il m’a aussi donné du khat à mastiquer. C’était il y a quatre ans – maintenant, je suis accro au khat et je suis toujours sur le marché.



« Généralement, j’appelle les hommes quand j’ai besoin de khat, ou ils m’appellent pour me fixer rendez-vous par téléphone. La plupart de mes clients travaillent dans des hôtels, ils sont cadres dans les télécommunications, hommes d’affaires, j’ai même un [religieux] !



« Le meilleur moment pour les affaires, c’est à la fin du mois, quand les gens ont reçu leur salaire et viennent dépenser leur argent avec moi. Parfois, je couche même avec eux à crédit et ils me payent quand ils reçoivent leur salaire.



« J’essaye d’utiliser des préservatifs, mais si [les clients] n’en ont pas et que je n’en ai plus, alors je le fais sans. Je suis au courant du VIH, récemment je suis tombée malade et j’ai pensé que je l’avais attrapé, mais le test [de dépistage] a dit que j’étais [séro]négative.



« Parfois, le travail peut être dangereux ; récemment, j’ai été ramassée en ville par un riche homme d’affaires, qui m’a emmenée chez lui. Quand nous sommes arrivés là-bas, il a voulu avoir des relations sexuelles anales, mais j’ai refusé. Il m’a battue si violemment que je suis restée au lit pendant plusieurs jours.



« Je voudrais quitter ce travail. Si Allah m’en donne la chance, je changerai, mais sinon, je ferai ça toute ma vie ».



* Un nom d’emprunt



kr/he/ail