Une absence professionnelle sur quatre attribuée au sida

Environ 25 pour cent des représentants de la force de travail au Swaziland sont obligés de s’absenter à cause du VIH/SIDA, selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI).



La maladie au Swaziland, pays qui affiche le taux de prévalence du VIH le plus élevé au monde et qui est aussi l’un des Etats les plus pauvres de la planète, a perdu environ 1,3 pour cent de croissance annuelle de son Produit intérieur brut (PIB), a dit le FMI.



Quelque 40 pour cent du million d’habitants de ce pays sont au chômage, selon les estimations : le Swaziland aurait besoin d’une croissance annuelle du PIB de 3,6 pour cent pour enrayer l’aggravation de la pauvreté, mais il lutte pour atteindre péniblement les deux pour cent, selon l’institution monétaire internationale.



« Au cours d’une période de 30 jours, au moins 25 pour cent des travailleurs [participant à] l’enquête ne vont pas travailler », a dit l’enquête annuelle d’évaluation de l’état de l’économie nationale et des effets du VIH/SIDA, rédigée par le FMI.



Le FMI a attribué l’absentéisme sur le lieu de travail aux personnes qui souffraient du VIH/SIDA de même qu’à celles qui restaient à la maison pour s’occuper des malades. D’après le Programme commun des Nations Unies sur le sida, ONUSIDA, 26 pour cent des Swazis sexuellement actifs sont infectés au VIH.



« En comparaison avec d’autres pays touchés eux aussi par le VIH/SIDA, l’impact [de l’épidémie] sur les activités commerciales du Swaziland est largement plus important », a noté le rapport du FMI.



Alors que 25 pour cent des travailleurs swazis ont signalé avoir été absents de leur poste pour des durées variables au cours d’une période d’un mois, moins de 20 pour cent des travailleurs au Botswana (23,9 pour cent de taux de prévalence) et en Namibie (15,3 pour cent) ont cité le VIH/SIDA comme la raison de leur absentéisme.



« D’après un rapport d’évaluation de la Banque mondiale sur le climat des investissements [au Swaziland], plus de 50 pour cent des responsables d’entreprises ont rapporté un absentéisme des travailleurs dû à la maladie bien plus élevé que dans n’importe quel autre pays », a dit le FMI.



Le coût de remplacement des travailleurs malades ou décédés devrait augmenter à mesure que la maladie progresse du VIH vers le sida. En se fondant sur des projections de l’Organisation internationale du travail, le FMI a estimé qu’en 2016, huit pour cent du PIB du Swaziland serait consacré à former des travailleurs pour remplacer ceux ayant succombé au sida.



« Dans un pays qui se bat pour atteindre une croissance du PIB de deux pour cent par an, le sida fait la différence entre la prospérité et la récession économique », a dit Samuel Fakudze, un économiste basé au Swaziland.



Le sida fait hésiter les investisseurs



Le FMI a calculé que le coût de remplacement des enseignants s’élèverait à lui seul à 2,3 milliards de rands (230 millions de dollars) au cours des sept années à venir. L’Association nationale des enseignants du Swaziland a confirmé une augmentation du nombre de décès parmi ces professionnels de l’éducation, mais elle n’a pas pu donner de chiffres permettant de savoir combien de ces décès étaient liés au VIH/SIDA.





« Au Swaziland, le déni du sida est un facteur qui fait qu’il est presque tabou pour les familles d’admettre que leurs proches sont décédés d’infections liées au sida. Vous ne trouverez pas le sida indiqué comme cause de la mort sur le certificat de décès, et donc nous n’avons pas de données officielles sur lesquelles s’appuyer », a expliqué à IRIN/PlusNews un responsable syndical, qui a souhaité garder l’anonymat.



Le taux de prévalence du VIH au Swaziland est une préoccupation dont les investisseurs étrangers ne parlent pas, mais qui est bien réelle. « A un moment où l’économie mondiale réduit ses investissements partout, le moindre facteur négatif portera préjudice au destinataire potentiel de l’investissement », a dit à IRIN Emmanuel Myeni, un responsable d’une entreprise de transports routiers à Matsapha, non loin de Manzini, le carrefour commercial du pays.



« L’une des questions de santé publique qui n’a pas été étudiée est [de savoir] dans quelle mesure le chômage contribue au sida au Swaziland. Les personnes sans emploi ont plus de temps à consacrer à des activités sexuelles, et n’ont pas les moyens de s’offrir des soins ou une alimentation appropriée », a-t-il ajouté.



M. Myeni a précisé que son entreprise perdait en moyenne six chauffeurs de camion chaque année, en raison de l’épidémie – un tiers de ses chauffeurs.



« C’est l’histoire de l’œuf et de la poule », a estimé M. Fakudze. « De quoi a-t-on besoin en premier : une force de travail en bonne santé pour attirer les [investissements étrangers], ou des créations d’emplois pour améliorer la santé des travailleurs en leur donnant une activité et un revenu ? »



Le FMI a recommandé, en même temps que de profondes réformes fiscales et structurelles, que le gouvernement fournisse des efforts accrus pour lutter contre le sida. Les médias locaux ont rapporté que le roi Mswati III, le dernier monarque absolu d’Afrique subsaharienne, n’avait fait aucune allusion à l’épidémie lors de l’ouverture de la session parlementaire en début d’année.



Dans un communiqué, le Premier ministre Sibusiso Dlamini, nommé par Mswati III, a répondu que le discours du roi était consacré à la politique générale et non à des programmes spécifiques du gouvernement.



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