L’énergie verte dans les villages reculés

Pendant que les pays riches industrialisés s’efforcent de trouver des moyens d’encourager leurs populations à adopter l’énergie solaire, une petite société d’énergie de la République démocratique populaire lao (PDR) a fait équipe avec les communautés rurales pauvres pour les alimenter en énergie verte.

Sur les 5,7 millions de personnes qui vivent au Laos, seules 48 pour cent sont reliées au réseau électrique national, principalement dans les villes et les bourgades. Dans le reste du pays, l’accès est limité en raison de problèmes d’infrastructures et d’accessibilité des tarifs. Sans énergie, ces communautés dépendent de sources d’énergie nuisibles à l’environnement, telles que le bois ou le kérosène.

Le gouvernement a annoncé qu’il s’était engagé à électrifier 90 pour cent du pays d’ici à l’an 2020, mais il s’agit là d’un défi quasi impossible à relever, à en croire les spécialistes. Dans la plupart des cas, il serait en effet fort coûteux d’installer des lignes électriques et des transformateurs pour relier les communautés rurales au réseau, et les membres de ces communautés ne disposent pas de sommes importantes à consacrer à l’électricité.

Les systèmes d’énergie solaire sont donc une alternative logique. Mais les frais de démarrage sont prohibitifs dans un pays où 74 pour cent de la population vit avec moins de deux dollars par jour. Malgré tout, une société laotienne du nom de Sunlabob Rural Energy Ltd (www.sunlabob.com) a remporté quelque succès dans ce domaine : en louant des systèmes d’énergie solaire, elle a permis à des villageois pauvres d’être alimentés en électricité verte.

Pour Suresh Balakrishnan, conseiller technique principal du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en matière de réforme administrative auprès du gouvernement, l’initiative de Sunlabob est un modèle viable qui donne aux communautés l’occasion de s’aider elles-mêmes, sans recevoir de subventions. « J’ai été assez fasciné par la façon [dont la société] a créé une opportunité de marché sensationnelle à la place de l’aide au développement conventionnelle ».


Photo: Cathy Williams/IRIN
Les panneaux solaires permettent d’approvisionner à bas prix les villageois pauvres des régions reculées du Laos en énergie alternative

Faire profiter les communautés pauvres

Des lampes solaires sont à louer à un prix compétitif par rapport aux lampes à pétrole, polluantes. Après 15 heures d’utilisation, ces lampes sont rechargées, moyennant une somme modique, au service central de collecte d’énergie solaire du village. Tous les frais versés sont consacrés à l’entretien de la station centrale de rechargement solaire.

L’autre option possible est de choisir le modèle domestique. Sunlabob forme des franchisés laotiens à l’installation d’équipements solaires photovoltaïques dans leurs villages, et des techniciens locaux à l’entretien de ces équipements. Les franchisés fournissent un soutien technique supplémentaire aux techniciens du village. L’équipement est loué à un comité nommé par le village, qui le sous-loue ensuite aux familles à un prix qu’il fixe lui-même. La location couvre l’ensemble des coûts, y compris les frais de remplacement et d’entretien opérationnel courant. En cas de panne, le versement des frais de location est suspendu jusqu’à réparation de l’équipement.

La troisième option est conçue pour des villages plus importants. Elle fait appel à la fois à l’énergie solaire et hydraulique et à des générateurs, créant ainsi un réseau électrique générant assez d’énergie pour alimenter diverses entreprises : des centres de santé, des moulins à riz, des pompes à eau, etc.

Il s’avère que ce programme est une véritable réussite, notamment le système de location, qui permet d’éviter les coûts de démarrage élevés qui empêcheraient normalement les communautés pauvres d’accéder à la technologie solaire. L’intérêt de Sunlabob réside en ce qu’il propose différentes solutions, qui fonctionnent sans subvention, tout en assurant un service d’entretien courant fiable. Faire en sorte que la communauté soit responsable de ce processus a également permis d’assurer la viabilité de ce projet.

« C’est un des éléments qui nous a vraiment impressionnés. On avait déjà tenté précédemment d’alimenter le village en électricité, mais ces tentatives avaient raté parce qu’il fallait avoir recours à un service d’entretien externe. Mais avoir un franchisé formé et un technicien dans le village permet de contourner le problème de la viabilité et permet également aux villageois d’acquérir des compétences d’entreprise et des connaissances techniques », a déclaré à IRIN Grace Nicholas, ancienne directrice du Programme nord (Laos) du Programme alimentaire mondial (PAM). « La lumière est une petite chose, mais cela peut permettre aux gens d’éviter d’avoir des accidents, de travailler plus tard dans la forêt et de générer davantage de revenus ».

À ce jour, 1 800 systèmes domestiques d’énergie solaire et 500 lampes solaires ont été loués aux familles de 73 villages du Laos. L’entreprise cherche à déployer le projet au Cambodge et en Indonésie, et envisage également d’autres possibilités éventuelles en Asie, en Afrique et en Amérique latine.


Photo: Cathy Williams/IRIN
Des batteries sont rechargées grâce à un système d’énergie solaire, dans un village du Laos

Les avantages pour l’environnement

Le programme lancé par Sunlabob a remporté récemment le prix Sasakawa du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), remis aux projets communautaires durables et reproductibles qui contribuent significativement à protéger ou à entretenir l’environnement.

La société travaille également avec la COPE, l’organisation locale d’orthétique et de réhabilitation, en recyclant les chutes de fabrication des prothèses de membres en polypropylène confectionnées par COPE, pour fabriquer les différents composants de ses équipements solaires.

Un concept qui enthousiasme Ruth Baker, prothésiste à COPE. « A l’époque du changement climatique, il est rassurant de savoir qu’en collaborant ainsi, une équipe de prothésistes peut tout de même contribuer à réduire le réchauffement climatique. On peut dire que c’est un pas dans la bonne direction ».

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