Violences sexuelles, tabous culturels rendent les femmes plus vulnérables au VIH

Le faible statut social des femmes burundaises les rend vulnérables aux violences sexuelles et les tabous culturels les empêchent de demander de l’aide. Selon des organisations non-gouvernementales (ONG), cet environnement les expose fortement au VIH ou à d’autres maladies sexuellement transmissibles.

Dans son rapport annuel, l’ITEKA, la ligue burundaise pour les droits de l’homme, souligne que malgré la fin des 13 années de guerre durant laquelle les violences ethniques et sexuelles étaient fréquentes, et malgré un retour à la démocratie, en 2005, les agressions sexuelles ont continué d’augmenter ; 1 930 cas d’agressions ont été enregistrés en 2006, contre 983 en 2003.

« Les relations sexuelles sont le mode de transmission du VIH le plus répandu ; il est clair que le viol, qui dans la plupart des cas cause des traumatismes psychologiques, augmente considérablement les risques d’infection », a dit à Irin/PlusNews le docteur Jean Rirangira, directeur technique du Conseil national de lutte contre le sida (CNLS).

Le gouvernement et plusieurs ONG ont mis en place de nombreuses initiatives afin de venir en aide aux femmes et jeunes filles victimes de violences sexuelles, mais « il n’y a que la moitié des victimes qui viennent nous voir pour recevoir un traitement » a indiqué M. Rirangira.

Réduites au silence

« La communauté blâme presque plus la victime que l’agresseur ; ce qui empêche les femmes de témoigner », a dit Aline Ndayikeza, responsable à Nturengaho du programme ‘STOP’, un centre qui fournit des traitements prophylactiques post-exposition (PEP) et une assistance psychologique aux victimes d’agressions sexuelles. « La plupart de celles qui viennent ici nous disent qu’elles ont honte de dire à leur famille qu’elles ont été violées, par peur de leur réaction ».

Aline Iradukunda avait 17 ans lorsqu’un individu l’a abordée puis l’a violée, alors qu’elle se rendait un dimanche matin à l’église. Bien qu’elle se soit rendue peu après à l’hôpital, elle n’a pas reçu de traitement PEP et quelques mois après, elle a été déclarée séropositive.

« Je me sens tellement diminuée…je suis orpheline et je dois m’occuper de mon jeune frère, je n’ai plus aucune chance de continuer mes études…la vie n’a plus de sens pour moi », a-t-elle dit à Irin/PlusNews. Sa tante, avec qui elle vivait alors, ne s’est pas souciée de la ramener à l’école après le viol. Elle vit désormais de petits commerces dans Nturengaho.

Comme la plupart des victimes de viol, elle n’a pas déposé une plainte à la police ; aussi, son agresseur n’a-t-il jamais été inquiété par la justice.

Selon Ndayikeza de Nturengaho, les traditions locales ferment les yeux sur les autres formes d’agressions sexuels ; dans les zones rurales, en particulier, les femmes subissent les avances sexuelles de leurs beaux-frères, et refuser d’avoir des rapports sexuels avec son beau-père peut les priver des champs ou du bétail dont elles devaient normalement hériter. Le phénomène du lévirat est également très fréquent.

« Cette pratique était peut-être tolérée dans une communauté où il n’y avait pas de menace du VIH, mais elle très dangereuse actuellement ; elle a décimé de nombreuses familles », a-t-elle indiqué.

Les jeunes filles, et même les enfants, représentent aussi une population à risque. Une enquête de l’ITEKA menée en 2004 a révélé que sur les 2 173 personnes interrogées, 40 pour cent d’entre elles pensaient « que les violences sexuelles faites aux adolescentes [enfants, et particulièrement nouveau-nées] protégeaient du VIH/Sida, alors que 34,8 pour cent des personnes interrogées pensaient que les adolescentes ne pouvaient pas être infectées ».

Le gouvernement et des organismes tel que l’ITEKA offrent une assistance juridique aux victimes d’agressions sexuelles, mais selon Scholastique Ntirampemba, ministre de la Solidarité nationale, des droits de la personne humaine et du genre, peu de femmes ont recours à ces services.

« La plupart des victimes semblent hostiles à l’idée d’engager une procédure judiciaire, car elles savent qu’au bout du compte le délit ne sera pas pris au sérieux », a indiqué Mme Ntirampemba. La principale préoccupation de la ministre a été d’amener la communauté à changer l’idée qu’elle se fait des agressions sexuelles, en particulier lorsqu’il s’agit de dénoncer de tels actes et d’aider les victimes.

Mme Ntirampemba a également souligné que le code pénal n’était pas assez sévère avec les délinquants sexuels. Aussi a-t-elle demandé une révision du code pénal et l’adoption urgente par le parlement de sanctions plus lourdes contre les auteurs de violences sexuelles.

M. Rirangira du CNLS, qui partage cet avis, a par ailleurs indiqué que cette mesure très dure devrait s’accompagner d’une formation du personnel médical afin qu’il puisse apporter aux victimes de viols toute l’assistance nécessaire, en apprenant notamment à apporter un témoignage en cas de d’agression sexuelle.

Le président Pierre Nkurunziza a fait de la lutte contre le VIH une priorité nationale ; le gouvernement et ses partenaires ont mis en place des centres dans lesquels femmes et jeunes filles peuvent recevoir une assistance psychologique ainsi que des soins médicaux. 

jb/kr/he/sm/ads