Les populations Bakas privées de chasse meurent de faim

Une interdiction de chasser au Congo rend encore plus difficile la vie des Bakas, une tribu autochtone vivant de chasse et de cueillette et habitant dans la forêt tropicale, à proximité des concessions forestières, dans le nord du pays.

Selon certains membres de la communauté, l’interdiction de chasser, décrétée par les « écogardes », les agents chargés de la protection de la faune, dans les concessions forestières de la Congolaise industrielle de bois (CIB), a entraîné une augmentation des cas de malnutrition chez les enfants et les populations adultes vulnérables. La CIB est la plus grande société d’exploitation forestière basée du Congo. Elle dispose de cinq concessions forestières, d’une superficie totale de 1,3 millions d’hectares.

Le gouvernement congolais, la CIB et la Wildlife Conservation Society, basée à New York, ont interdit le braconnage dans les concessions forestières. Cependant, les Bakas et les groupes de défense des droits de l’homme ont indiqué que cette interdiction a affecté le mode de vive traditionnelle des Bakas et menacé leur sécurité alimentaire.

Voir: Hunter-gatherers face starvation following a hunting ban

« Cette interdiction rend notre vie encore plus difficile. Nous vivons essentiellement de la viande des animaux que nous chassons, comme le faisaient nos aïeux », a indiqué Edmond Mondzoumbé, le chef d’Ibamba, situé à 150 km au nord-ouest de la ville industrielle de Pokola. « Nous avons l’impression que ceux qui s’occupent de la protection de la faune ont décidé de nous tuer », a-t-il ajouté.

Selon Edmond Mondzoumbé, le gouvernement congolais, la CIB et la Wildlife conservation society doivent trouver un compromis qui permet d’assurer une gestion durable et une conservation de la faune tout en préservant la survie et les coutumes des Bakas. Quelques années avant l’entrée en vigueur de l’interdiction de chasser, il y avait suffisamment de gibier pour nourrir les Bakas.

La chasse est interdite dans le pays entre le 1er novembre et le 30 avril. « Les chimpanzés, les gorilles et les éléphants sont des espèces protégées, mais les autres animaux ne le sont pas et peuvent constituer de la nourriture », a déclaré Roland Mangue, un Baka pénalisé par l’interdiction de chasser.

Une interdiction de chasser au Congo rend encore plus difficile la vie des Bakas, une tribu autochtone vivant de chasse et de cueillette et habitant dans la forêt tropicale, à proximité des concessions forestières de la République du Congo.
 

Violation des droits de l’homme

Les Bakas des départements de la Sangha et de la Likouala, dans le nord du Congo, sont divisés en plusieurs sous-groupes ethniques, dont le plus important est celui des Bambendzele. Certains villageois se sont plaints des attitudes des écogardes. Ces derniers malmèneraient les personnes trouvées en possession de gibier et feraient emprisonner temporairement d’autres.

« Ils agressent les gens, saccagent les cases et vérifient même la viande qui se trouve dans les marmites », a indiqué Roland Mangue. « Et chaque fois qu’ils entendent un coup de fusil, ils font une descente punitive dans les villages ».

Les Bakas, dont la taille moyenne est de 1,50 mètres, chassent à l’aide d’arcs, de flèches et de filets. Ils ne peuvent pas acheter des armes à feu modernes, par conséquent, ils utilisent des fusils prêtés par les Bantous, l’ethnie la plus importante. Les Bakas échangent le gibier contre des produits agricoles et des vêtements d’occasion avec cette communauté.

Selon Edmond Mondzoumbe, les autorités semblent avoir pris pour cible les Bakas : « le plus étonnant c’est que les écogardes qui sévissent dans nos villages sont très complaisants quand ils ont affaire aux Bantous ».

Suzanne Somboko de l’équipe de recherche de l’Observatoire congolais des droits de l’Homme, en mission dans les concessions de la CIB dans le nord du pays, qualifie de discriminatoire l’interdiction de chasser qui touche les Bakas.

« Pendant que les gens souffrent de faim en pleine forêt, du gibier est proposé quotidiennement dans les restaurants à Pokola, Ndoki et Ouesso », a-t-elle souligné.

Pour Jean-Michel Ngongo, ingénieur à la CIB à Pokola, le comportement des écogardes est inacceptable. « Conformément à la législation congolaise et aux accords signés il y a quelques années avec le gouvernement, la CIB s’est engagée à respecter les coutumes des peuples vivant dans la forêt. », a-t-il déclaré. « La CIB participe à la lutte contre le braconnage mais en même temps, elle devrait essayer de promouvoir des activités alternatives à la chasse ».

Afin de trouver une solution, une société civile a effectué une série de consultations auprès des peuples autochtones du département de la Sangha du 27 septembre au 8 octobre derniers.

Ces consultations visaient à solliciter l’opinion des Bakas pour qu’un projet de loi, protégeant les intérêts du groupe, puisse être élaboré et proposé au parlement. Une équipe de sept personnes, composée d’organisations locales de défense des droits des peuples autochtones, a négocié pendant dix jours avec les communautés semi-nomades vivant dans ou autour des concessions de la CIB à Sangha.

Parmi ces organisations figurent l’Association des peuples autochtones du Congo, le Comptoir juridique junior, l’Association des femmes juristes du Congo et le Forum pour la gouvernance et les droits de l’homme. Stéphanie Jeanne Mayinguidi de l’Association des femmes juristes du Congo a indiqué que les réunions avaient porté sur les problèmes générés par l’exploitation forestière, l’impact des zones protégées sur la vie des gens, l’accès aux services de l’Etat, l’exercice de la citoyenneté.

« A ce stade, l’idéal est de tout prendre en compte », a–t-elle indiqué. « Ensuite, après avoir analysé les données, nous verrons quels sont les éléments à insérer dans la future loi », a-t-elle ajouté.

Selon Stéphanie Jeanne Mayinguidi, les consultations auront également lieu dans tous les départements où vivent les Bakas. Manasse Kanquaye, du Comptoir juridique junior, estime que les forces publiques et les autres citoyens doivent traiter les Bakas de manière juste.

« Quand nous étions sur le terrain, les gens ont réclamé un recensement et des pièces d’état civil afin d’avoir le droit à la nationalité, à la propriété », a indiqué Manasse Kanquaye. « La loi réglera cette question majeure. »

(date: 1 novembre 2005)