Kérékou ne se présentera pas aux présidentielles de 2006 et conserve la constitution

Après avoir dominé pendant 30 ans la vie politique du Bénin, petit Etat d’Afrique de l’Ouest, le président Mathieu Kérékou a annoncé qu’il ne se présentera pas aux prochaines élections présidentielles au terme de son mandat de cinq ans.

S’adressant à un collectif de 200 enseignants du primaire et du secondaire réuni lundi au palais présidentiel, le chef d’Etat de 72 ans a déclaré qu’il ne sera pas candidat aux élections présidentielles de mars 2006.

"Si vous ne quittez pas le pouvoir, il arrive un jour où le pouvoir vous quitte", a-t-il dit.

Kérékou a exclu toute modification de la constitution qui lui permettrait de se maintenir au pouvoir plus longtemps. Il a également rappelé comment, en 1990, sous la pression de l’opinion publique, il avait dû quitter ses fonctions de chef d’Etat militaire après 18 années de pouvoir.

"Même si on manifeste le désir de rester au pouvoir, ou qu’on s’entête à y rester contre la volonté du peuple, on crée les troubles que le Bénin a évité en 1990", a fait savoir Kérékou.

Kérékou a commencé sa carrière en tant qu’officier et a accédé au pouvoir à la faveur du coup d’Etat de 1972 alors qu’il était commandant dans l’armée. Très vite, il fit du Bénin un Etat mariste-léniniste, doté d’un parti unique.

Mais après l’effondrement du bloc soviétique et le vent du changement qui a balayé l’Afrique, le président Kérékou a cédé à la pression de l’opposition grandissante et a abandonné le pouvoir après 18 années de règne.

Kérékou tenta de revenir aux affaires à l’occasion des élections libres organisées en 1991, mais il a été battu par Nicéphore Soglo, ancien fonctionnaire de la Banque mondiale qui a présidé aux destinées de cette ancienne colonie française pendant les cinq années suivantes.

En abandonnant la doctrine socialiste et en se présentant comme un nouvel homme converti au christianisme, Kérékou a réussi son retour en politique et a battu d’une courte victoire Soglo lors des élections présidentielles de 1996.

Il fut réélu en 2001, mais la constitution ne l’autorise à se maintenir au pouvoir que pendant deux mandats consécutifs.

En outre, comme le stipule l’article 44 de la constitution, Kérékou ne peut se maintenir au pouvoir puisqu’il a dépassé l’âge limite du candidat présidentiable, fixé à 70 ans.

De nombreux chef d’Etat africains ont fait modifier la constitution de leur pays pour pouvoir se maintenir indéfiniment au pouvoir.

Le président Idriss Deby du Tchad vient d’introduire un amendement à la constitution qui supprime la limitation du nombre des mandats et lui permet de se présenter aux prochaines élections présidentielles. Quant au président Yoweri Museveni d’Ouganda, il s’apprête à faire voter les mêmes modifications à la constitution.

Au cours des derniers mois, des rumeurs avaient laissé entendre que Kérékou envisageait de prendre la même initiative.

Mais les remous politiques qu’a connu le Togo voisin après la disparition du président Gnassingbe Eyadema, mort dans l’exercice de ses fonctions, ont fini par convaincre Kérékou de quitter le pouvoir en pleine gloire.

Plus de 38 000 personnes ont fui le Togo depuis l’élection du fils d’ Eyadema, Faure Gnassingbe, qui a succédé à son père en avril, et 23 000 d’entre elles se sont réfugiées au Bénin.

"Si le Bénin est le pionnier de la démocratie en Afrique, il le sera sur toute la ligne. Je ne vais pas gâter ce que j’ai contribué à mettre sur pied", a précisé le président Mathieu Kérékou.

Présent au palais présidentiel, le professeur Hilaire Hunkonnou a déclaré à IRIN à la suite de l’intervention du président : "Je salue cette décision sage du président. Nous sommes vraiment contents. Cela montre que le président Kérékou est un vrai démocrate. C’est un honneur pour lui et pour tout le Bénin. Il ne veut pas faire comme les autres chefs d’Etat africains. Il ne veut pas qu’il y ait la guerre au Bénin. C’est un président digne d’honneur".

Avec la décision de Kérékou de ne pas se représenter pour un nouveau mandat et de ne pas toucher à la constitution de 1990, les candidatures aux prochaines élections présidentielles sont très ouvertes.

Soglo ne pourra pas solliciter un deuxième mandat car, comme Kérékou, il est atteint par la limite d’âge de 70 ans. En outre, Kérékou n’a désigné aucun favori pour lui succéder.

Aucun homme politique connu n’a annoncé publiquement sa participation aux prochaines élections présidentielles, mais de nombreux observateurs politiques pensent que plusieurs politiciens préparent discrètement leur candidature à l’élection de mars 2006.

Il s’agit notamment d’Adrien Houngbedji, avocat et ancien président de l’Assemblée nationale sous Soglo et Kérékou et chef de file du Parti du renouveau démocratique (PRD), de Bruno Amoussou, le leader du Parti social-démocrate (PSD), ancien ministre du Plan jusqu’au dernier remaniement ministériel de mars 2005, et de Yayi Boni, actuel président de Banque ouest africaine de développement, basée à Lomé.