Vers un cadre stratégique de financement des systèmes de santé -- OMS

Des experts de la santé, réunis cette semaine dans la capitale congolaise, ont annoncé jeudi avoir élaboré des stratégies de financement des secteurs de la santé en Afrique, qui permettraient aux Etats de faire face à l’épidémie de sida.

A l’initiative du Bureau régional pour l'Afrique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS/AFRO), les experts en santé des organisations africaines sous-régionales ont planché, durant trois jours, sur des stratégies de financement de la santé, selon Alice Ntamwishimiro Somaré, membre du Comité consultatif africain en économie de la santé qui a participé à l’atelier.

«Ce document relatif à la stratégie de financement de la santé sera soumis aux ministres en charge des questions de la santé qui doivent le valider. [Ils] vont voir comment mettre en oeuvre ces stratégies de financement en tenant compte du contexte de chaque pays», a expliqué Mme Somaré à PlusNews.

Selon l’OMS, cette stratégie sera validée par les ministres de la Santé du continent lors du comité régional de l'OMS/AFRO, prévu du 28 août au 1er septembre prochain à Addis Abeba, la capitale de l’Ethiopie et le siège de l’Union africaine (UA).

Alice Somaré a néanmoins dévoilé, sans plus de détails, que «l’OMS [envisageait] d'inciter les populations à passer au système de prépaiement de la santé, de recourir à des systèmes de cotisations dans les assurances et mutuelles de santé, puis à un financement fiscal de la santé, notamment par les impôts».

«L'atteinte du meilleur état de santé qui soit requiert plus d'argent et un financement équitable et efficient», a précisé la directrice de la division de développement des systèmes et des services de santé à l'OMS/AFRO, le docteur Alimata Jeanne Diarra-Nama.

L’OMS, qui plaide pour une bonne utilisation des ressources pour la santé et la couverture élargie des services de santé, en particulier ceux qui concernent les populations pauvres, souhaite ainsi s’approcher des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et des objectifs sanitaires nationaux, élaborés par les Nations unies.

Les OMD prévoient notamment que l’Afrique, le continent le plus fortement touché par l’épidémie de VIH/SIDA, parvienne à l'accès universel au traitement et à la prévention du VIH d'ici 2010 puis, d'ici 2015, à l'inversion de la propagation de l'épidémie, des objectifs fixés par les Nations unies en 2000.

Or, en décembre 2005, 810 000 personnes recevaient une thérapie antirétrovirale (ARV) qui prolongent leur espérance de vie, soit 17 pour cent des personnes en attente d'ARV sur le continent, selon le «Rapport sur l'initiative '3 millions d'ici 2005' et au delà» de l’OMS.

Paul-Samson Lusamba-Dikassa, directeur de la gestion des programmes à l'OMS/AFRO, s’est offusqué que “la plupart des décès auraient pu être évités si les populations dans le besoin avaient eu accès à des interventions d'un bon rapport coût-efficacité”.

Ainsi, tandis que 2,4 millions d’Africains mourraient de maladies liées au sida en 2005, 10,7 millions de personnes décédaient en 2002 d’infections curables – des décès attribués pour moitié au paludisme, aux maladies diarrhéiques, à la malnutrition et aux infections liées à la santé maternelle et périnatale.

Du coup, les initiatives se multiplient sur le continent pour tenter de répondre aux besoins de santé des populations, de plus en plus importants compte tenu de l’avancée du VIH, pour pallier aux déficiences des systèmes de santé nationaux et pour arrêter la progression de la pandémie de VIH qui frappe, chaque année, plus de trois millions de nouveaux individus en Afrique.

Outre le Comité consultatif, l’atelier de Brazzaville a regroupé les experts des communautés économiques régionales du continent, de la Banque mondiale, du Bureau international de travail (BIT) et du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).

Il s’est inscrit dans le cadre de la mise en oeuvre des résolutions du Comité régional de l'OMS, qui exhortent les 46 Etats africains membres de l'agence onusienne à prendre les mesures nécessaires pour garantir non seulement l’allocation de 15 pour cent des budgets nationaux à la santé mais aussi leur utilisation, conformément aux recommendations des chefs d'Etat en 2001.

Cinq ans après la déclaration d'Abuja, la plupart des pays africains n’ont pas respecté leur engagement, à commencer par le Nigeria, le troisième pays le plus affecté au monde par l’épidémie de sida en nombre de personnes infectées, hôte de la rencontre de 2001.

Selon l'UA, seul le Botswana a tenu ses promesses tandis que le Nigeria plafonnait à quatre pour cent, ce qui a eu des conséquences désastreuses sur la santé des populations, notamment les plus pauvres.

Bien que l’Afrique supporte près d’un quart de la charge mondiale de morbidité et la plupart des personnes, elle ne possède que trois pour cent du personnel sanitaire à l’échelle de la planète avec des dépenses de santé qui représentent moins d’un pour cent du total mondial, a déploré l’OMS dans un rapport publié le 7 avril dernier, à l’occasion de la journée mondiale de la santé.