Journée mondiale du sida: "Stop sida, tenir ses promesses"

L'expérience a prouvé que le sida recule face à des actions concertées à grande échelle. Pourtant, les moyens engagés dans la lutte sont toujours largement insuffisants pour influer sur le cours de l'épidémie, ont regretté jeudi les Nations unies lors de la 18eme Journée mondiale du sida.

Alors que les campagnes de prévention, lorsqu'elles sont associées à une augmentation du nombre de personnes ayant accès aux traitements antirétroviraux (ARV), ont prouvé leur efficacité dans certains pays, comme le Kenya, "globalement, l'épidémie a poursuivi son expansion", a noté Peter Piot, le directeur exécutif du Programme commun des Nations unies sur le sida, Onusida, dans un communiqué.

Selon le dernier rapport de l’Onusida sur l’état de l'épidémie de sida en 2005, publié fin novembre, 14 000 nouvelles infections sont enregistrées chaque jour dans le monde, et le nombre de personnes vivant avec le VIH a atteint son plus haut niveau depuis l'apparition de l'épidemie, avec 40,3 millions de personnes en 2005, dont plus de 60 pour cent en Afrique.

Il faudrait au minimum 7,1 milliards de dollars pour financer la lutte contre le sida au cours de la période 2006-2007, estiment les Nations unies. Mais le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, l'organisme international de financement de la lutte contre les trois épidémies, a reconnu récemment qu'il n'avait recueilli pour l'instant que 3,8 milliards de dollars.

A menace exceptionnelle, riposte exceptionnelle

"Le monde doit choisir ce qu'il souhaite faire de sa riposte au sida", a expliqué M. Piot : "Nous pouvons par exemple continuer d'accepter que les efforts déployés dans le monde soit en permanence dépassés par le nombre toujours croissant d'infections au VIH et de décès dus au sida, notamment parmi les femmes et les filles. Ou nous pouvons reconnaître la menace exceptionnelle que fait peser le sida sur le monde et nous lancer dans une riposte tout aussi exceptionnelle".

Les inégalités entre hommes et femmes font partie “des facteurs profondément enracinés” qui alimentent l'épidémie

Malgré l'accélération, ces dernières années, de l'accès aux traitements contre le sida, "au mieux une personne sur dix en Afrique bénéficient", en 2005, de ces médicaments ARV qui prolongent et améliorent la vie des personnes séropositives, selon l'Onusida, dont le rapport souligne que moins d'une personne sur cinq a accès à des services de prévention.

"Les lecons de près de 25 ans de lutte contre l'épidemie sont claires", a dit M. Piot. "En investissant [simultanément dans la prévention et dans les traitements], tous les pays seraient en mesure d'inverser le cours du sida".

D'autre part, a-t-il rappelé, il faut s'attaquer "aux facteurs plus profondément enracinés" qui alimentent l'épidémie, tels que "les inégalités entre hommes et femmes et les inégalités économiques".

Les Nations unies ont insisté sur le fait que le thème de cette 18eme journée mondiale du sida s'adressait à tous, gouvernements, pays donateurs, partenaires et membres de la société civile.

Plusieurs agences du système des Nations unies ont ainsi salué mercredi, dans un communiqué, l'appel lancé par l'Union européenne en faveur de l'accélération des efforts déployés en matière de prévention du VIH, notamment dans les pays en voie de developpement.

"La promesse de financer et de fournir des services efficaces de prévention, de traitements et de prise en charge pour tous ceux qui en ont besoin est une promesse que nous devons tous tenir. Nous n'avons aucune excuse", a conclu M. Piot.