Les Nations Unies demandent une enquête sur la mort de demandeurs d’asile à la frontière de l’UE

Kristy Siegfried

Rédactrice, section Migration

Suite à la mort de deux Irakiens, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a appelé à une enquête sur les mauvais traitements infligés à des demandeurs d’asile à la frontière entre la Turquie et la Bulgarie.

La semaine dernière, IRIN a publié un article sur la manière dont les demandeurs d’asile et les migrants qui tentent d’entrer en Bulgarie par la Turquie sont systématiquement refoulés et frappés par la police des frontières bulgare. 

Nous avons relaté comment deux Irakiens étaient morts d’hypothermie après avoir présumément été passés à tabac si violemment par les agents de la police des frontières qu’ils n’auraient pas eu la force de se rendre à l’hôpital une fois refoulés vers la Turquie.

Dans un communiqué publié le 31 mars, le HCR a précisé que les deux hommes faisaient partie de la minorité yézidi, qui est persécutée en Irak. Ils auraient donc probablement pu obtenir le statut de réfugié. 

Selon le droit international des réfugiés, la Bulgarie est obligée d’accepter les demandeurs d’asile et de leur permettre de déposer une demande de protection internationale.

Le HCR a collecté de multiples témoignages de demandeurs d’asile disant avoir été refoulés par les gardes-frontière bulgares. « Des témoignages ont dénoncé un usage de la violence et de nombreuses personnes ont dit s’être fait confisquer de l’argent et des biens par les agents de la police des frontières », a noté le Haut Commissariat dans son communiqué.

De tels refoulements avaient déjà été dénoncés dans un rapport de Human Rights Watch (HRW) en décembre 2013. Selon Bill Frelick, directeur du programme pour les réfugiés de HRW qui avait participé à ce rapport, la mort récente de ces deux yézidis et les témoignages d’autres demandeurs d’asile « indiquent que ces problèmes sont toujours d’actualité et n’ont pas été résolus ». 

Non seulement la Bulgarie refoule les demandeurs d’asile, mais elle est en outre en train d’étendre de 82 kilomètres la clôture surmontée de fils barbelés longue de 33 kilomètres érigée à la frontière en 2014. L’objectif de ce grillage est de restreindre encore davantage le passage des clandestins, dont la majorité sont des réfugiés syriens. 

« Ériger des clôtures et entraver davantage le passage des frontières au lieu d’offrir des voies légales supplémentaires à ceux qui cherchent à se réfugier au sein de l’UE poussent les gens qui ont besoin de protection internationale dans des situations de plus en plus dangereuses avec, parfois, des conséquences fatales », a dit le HCR en précisant que la Bulgarie n’est pas le seul pays de l’UE dont les pratiques en matière de passage des frontières ont été critiquées. 

La Grèce a elle aussi mis en place une clôture le long de sa frontière avec la Turquie et le HCR et des groupes de défense des droits de l’homme ont révélé de nombreux témoignages de refoulement à ses frontières terrestres et maritimes. 

La semaine dernière, l’Espagne a quant à elle adopté une loi lui permettant de renvoyer immédiatement les migrants et demandeurs d’asile qui réussiraient à franchir les clôtures qui séparent le Maroc des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. 

Cette loi légalise le refoulement des migrants et demandeurs d’asile clandestins par les gardes-frontière espagnols. Une pratique dénoncée par les réfugiés et les organisations de défense des droits de l’homme depuis une dizaine d’années.  

Le Service jésuite des réfugiés a appelé la Commission européenne à enquêter sur les conséquences de cette nouvelle législation pour les droits de l’homme. Selon cette organisation non gouvernementale, la loi manque de garde-fous assurant que les demandeurs d’asile puissent déposer leur demande de statut de réfugié avant d’être renvoyés au Maroc. 

M. Frelick, de HRW, a remarqué que l’Espagne et la Bulgarie ont toutes deux avancé le même argument selon lequel les demandeurs d’asile peuvent se présenter aux postes-frontière officiels afin de demander l’asile et éviter de traverser la frontière clandestinement.

« [Mais] les gens qui n’ont pas de papiers, comme c’est le cas de nombreux réfugiés, ne peuvent pas passer le poste de contrôle de sortie du Maroc ou de la Turquie sans titre de voyage approprié », a-t-il dit à IRIN.

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