Conditions de vie difficiles pour les réfugiés nigérians au Cameroun

Les milliers de Nigérians qui ont fui les attaques perpétrées par le groupe islamiste Boko Haram vivent entassés dans le camp de réfugiés de Minawao, établi dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Leurs conditions de vie sont de plus en plus insalubres et ils sont exposés au risque de rougeole et d’autres maladies, selon les agences d’aide humanitaire.

La population du camp est passée de 6 000 à 15 000 réfugiés au cours de ces quatre dernières semaines, d’après le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), ce qui met à rude épreuve les services fournis dans le camp.

« Le niveau de population nécessite la prise de mesures urgentes avec la mise en place de tentes supplémentaires et la fourniture d’installations sanitaires, comme des toilettes et de nouveaux puits », a dit Muhamat Alhidi, gestionnaire du camp pour le compte du HCR.

Le camp compte 110 toilettes en état de fonctionnement, ce qui veut dire que chaque toilette est partagée par 136 personnes en moyenne. En situation d’urgence, et notamment dans les camps de réfugiés, les standards internationaux recommandent une latrine pour 50 personnes. La construction de 500 latrines supplémentaires et l’installation de nouvelles tentes sont envisagées.

Environ 9 000 des résidents du camp vivent désormais dans des tentes communes pouvant accueillir 100 personnes chacune ou dans l’une des 14 salles de classe.

« Je me demande ce que nous allons devenir, alors qu’il nous arrive de ne pas avoir [suffisamment] d’eau potable pendant plusieurs jours et que toutes les latrines sont pleines. Il y a des excréments partout dans le camp », a dit Konye Shetima, qui est originaire de l’Etat de Borno.

Le camp – le seul établi dans la région de l’Extrême-Nord – se trouve non loin du village de Jagala, dans le district de Mokolo.

L’accès à l’eau constitue un problème majeur. Lorsque les journalistes d’IRIN ont visité le camp, aucun des trois points d’eau ne fonctionnaient correctement et la quantité d’eau acheminée par camion était insuffisante ; les femmes et les enfants étaient donc contraints de marcher 1,5 kilomètre pour rejoindre le point d’eau le plus proche, dans le village de Jagala. M. Alhidi a indiqué qu’une société privée avait été sollicitée pour creuser de nouveaux puits artésiens et réparer les puits du camp et du village proche.

« Nous avons fait la queue toute la journée en espérant qu’ils nous amèneraient de l’eau. Nous avons même laissé nos bidons ici, en ligne, pendant plusieurs jours … Les femmes souffrent tous les jours pour aller chercher de l’eau à pied et lorsque nous revenons, les enfants crient ‘maman, maman, j’ai faim’ », a dit à IRIN Patima Muhamed, une jeune femme de 27 ans.

« Les toilettes sont toutes bouchées, alors j’emmène mes enfants derrière les tentes pour déféquer. Les adultes doivent aller dans les buissons, loin. Le ruisseau n’est pas très loin d’ici non plus », a dit à IRIN Mariam Unana, une mère de cinq enfants âgée de 33 ans. Mme Unama est originaire du district de Bama, dans l’Etat de Borno. Tous les réfugiés du camp sont originaires des Etats de Borno ou d’Adamawa, la majorité venant de Gwoza, dans l’Etat de Borno.

« Ca sent les excréments partout dans le camp et, lorsqu’il pleut, des eaux sales rentrent dans les tentes », a dit à IRIN un travailleur humanitaire qui a préféré garder l’anonymat.

Les femmes se sont résolues à se soulager près de leurs tentes la nuit de peur d’être attaquées. Autour du camp, le sol est parsemé d’excréments près des tentes et on peut voir les enfants se soulager aux mêmes endroits.

Rougeole

Une épidémie de rougeole menace les enfants du camp et des communautés voisines.

« Une souche dangereuse de la rougeole a été détectée chez des enfants et une épidémie a tout de suite été annoncée dans la zone », a dit à IRIN Zra Moko, le responsable du centre de santé communautaire de Jagala.

L’UNICEF a lancé un programme de vaccination contre la rougeole à destination des enfants âgés de six mois à 15 ans (l’âge limite habituel est 5 ans – de manière générale, les enfants de moins de cinq ans qui ne sont pas vaccinés sont les plus exposés au risque de décès, selon l’UNICEF).

« Il s’agit d’une épidémie de rougeole particulière, alors des efforts ont été entrepris pour l’éradiquer autant que possible, car [étant donné] les conditions de vie, les populations risquent d’affecter l’efficacité des vaccins si les vaccins ne sont pas faits à tous les enfants ».

Plus de 5 800 enfants ont été vaccinés contre la rougeole la semaine dernière et l’on prévoit de vacciner toutes les communautés du district de la santé de Mokolo.

D’après Kaoussiri Brekmo, le coordonnateur du contrôle des maladies du bureau de la santé publique de Maroua, « le choléra demeure une menace pour la population du camp en dépit du fait que tous les cas de choléra ont été maîtrisés au cours de ces dernières semaines. Le camp de Minawao a enregistré 52 cas de choléra, dont cinq mortels depuis le mois de juillet … nous restons vigilants face au choléra, en raison de l’insuffisance des installations hydrauliques et sanitaires dans le camp et les villages ».

Une épidémie de choléra a fait 75 victimes dans le nord du Cameroun entre avril et août.

Tentes communes

Mme Unana a dit que ses enfants vivaient avec elle dans une tente commune. Son mari est installé dans une tente réservée aux hommes et ne peut pas l’aider à s’occuper des enfants. Son fils aîné à 12 ans.

« Je vais chercher l’eau, la nourriture et le bois. Les hommes ne nous aident pas. Ils passent leur temps assis sous les arbres à attendre leur repas. Les pompes à eau [de Jagala] sont difficiles à faire fonctionner, mais les hommes ne nous aident pas. Nos maris nous battent même, lorsque les femmes et les enfants demandent de l’argent ou de l’aide », a dit Mme Unana.

James Naga, un réfugié et un leader de la communauté chrétienne du camp, a dit : « La majorité d’entre nous ont perdu la vie qu’ils avaient mis des années à construire et sont venus s’installer dans un endroit où ils n’ont pas de quoi faire vivre leur propre famille. C’est tellement frustrant, pour les hommes en particulier ».

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