Le lent processus de remise sur pied des hôpitaux au Mali

Deux rangées de fenêtres sans vitres s’alignent de chaque côté du couloir du service administratif d’un centre de santé de référence de la ville de Gao, située dans le nord du Mali. Les équipements ont été pillés et le personnel du centre a fui après le coup d’État de mars 2012 et les neuf mois d’occupation par les rebelles islamistes ; les services ont tout juste repris leurs activités.

Une grave détérioration des services de soins de santé a été constatée dans tout le nord du Mali, où les militants islamistes se sont emparés des grandes villes durant la crise. En janvier, les rebelles ont été chassés par les forces françaises, mais le rétablissement du secteur est lent.

À Gao, près de la moitié des 69 centres de soins de santé ont été détruits ou partiellement endommagés durant l’occupation islamiste. Dans la vieille ville de Tombouctou, 45 pour cent des structures de santé ont été détruits ou partiellement endommagés. Et dans le nord-est de la région de Kidal, 70 pour cent des établissements ont été endommagés, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Nous avons tout perdu. Le centre a fait l’objet de pillages et de saccages systématiques. Les équipements, les véhicules et les fournitures ont été volés et le personnel a pris la fuite », a dit Amadou Maiga, le responsable du centre de santé de référence de Gao qui rencontre des difficultés de fonctionnement.

Une vingtaine des 80 membres du personnel du centre sont revenus. Seuls deux des six médecins et une des six sages-femmes ont repris le travail. « La population continue de penser que le centre n’est pas opérationnel », a dit à IRIN M. Maiga.

Dans le Sud, les vagues de déplacés qui cherchaient refuge pendant le conflit ont mis les services médicaux à rude épreuve. Réparer ou reconstruire les centres de soins de santé et faire revenir le personnel médical dans le Nord sont les premières priorités. En juillet, le gouvernement malien a offert des incitations financières en espèces aux fonctionnaires pour les encourager à retourner dans les régions du Nord. Il a ainsi proposé des primes de 500 dollars à 300 fonctionnaires pour couvrir leurs frais de transport et de réinstallation.

Mais l’insécurité reste un problème. Récemment, des affrontements ont éclaté entre les rebelles du Mouvement pour la libération de l’Azawad (MNLA) et les forces gouvernementales à Kidal. Le MNLA contrôle une grande partie de la région de Kidal ; après le renversement du gouvernement en mars 2012, il s’est emparé de territoires dans le Nord avant d’être chassé par des rebelles islamistes tenants d’une ligne dure.

Le conflit a affaibli un système de santé publique malien déjà fragile. Les chiffres montrent que le pays avait un médecin pour 8 528 habitants et une sage-femme pour 17 122 habitants avant le conflit, alors que l’OMS recommande un médecin pour 1 000 habitants et une sage-femme pour 5 000 habitants.

Flambées épidémiques

L’interruption dans l’offre de soins de santé, engendrée par le conflit, et notamment le départ des personnels de santé, a contribué à l’apparition d’épidémies de choléra, de paludisme et de rougeole à la fin de l’année 2012 et au début de l’année 2013, selon les experts.

« Les faiblesses du système de santé, particulièrement dans les pays de la région du Sahel, qui sont en proie à des crises humanitaires récurrentes, entravent la prévention des crises sanitaires », a dit Ibrahima Socé Fall, représentant de l’OMS au Mali.

« Cela fait plusieurs décennies que nous parlons de malnutrition, mais la réponse reste insuffisante », a-t-il dit à IRIN. « Les épidémies de rougeole sont récurrentes. Les crises se produisent dans des contextes de systèmes de santé affaiblis, ce qui aggrave les conséquences [sanitaires].

« En ce qui concerne le rétablissement du système de santé, notre objectif ne doit pas être de revenir à la situation d’avant-conflit, mais de l’améliorer », a-t-il dit.

Des experts ont demandé des réformes du système d’approvisionnement en fournitures médicales qui, selon eux, subit des perturbations récurrentes.

« S’il y a une véritable volonté de s’attaquer à la question sanitaire, notamment pour les habitants du Nord et les habitants du Mali en général, l’approvisionnement en médicaments est essentiel. Tant qu’il n’y aura pas de médicaments, nous ne pourrons rien faire », a dit Soumaila Maiga de Médecins du Monde (MDM), une organisation humanitaire qui est restée dans le Nord pendant le conflit.

« Il faut également trouver des moyens d’améliorer l’accès aux services de soins de santé. Pendant le conflit, les gens sont partis sans rien. Ils reviennent sans rien. Les dépenses de santé vont certainement peser sur les budgets des ménages.

« Un père qui a un enfant malade attendra le dernier moment, quand il sait qu’il n’a pas d’autre choix, pour amener son enfant à un centre de soins de santé, et à ce moment-là, il sera trop tard », a dit M. Maiga.

« L’alimentation est le premier remède »

Bon nombre d’habitants du nord du pays connaissent des pénuries alimentaires. Trois ménages sur quatre comptent sur l’aide alimentaire, ont indiqué le Programme alimentaire mondial et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans un récent appel.

« À moyen et à long terme, [la sécurité alimentaire] passe par un investissement adapté dans la sécurité. Ceci est fondamental, mais il faut également davantage d’investissements dans le secteur de l’agriculture », a dit à IRIN David Gressly, représentant adjoint des Nations Unies au Mali.

Ceux qui reviennent ont un besoin immédiat de nourriture, a dit Emmanuel Traoré, responsable du projet médical de MDM dans le nord du Mali. « La priorité des habitants est de trouver de la nourriture. L’alimentation est le premier remède. Une personne qui a faim est malade. Les deux vont ensemble. L’idéal serait d’avoir un programme de sécurité alimentaire et des services de santé accessibles », a-t-il dit.

La crise malienne est intervenue à un moment où la région du Sahel était confrontée aux conséquences de graves pénuries alimentaires après les mauvaises récoltes de 2011-2012. Les violences ont obligé des centaines de milliers d’habitants du nord du Mali à trouver refuge dans d’autres régions du pays ou dans les pays voisins tout en souffrant de la faim.

Les analystes ont dit que la corruption et la mauvaise gouvernance ont contribué au renversement du président Amadou Toumani Touré en mars 2012. Alors que le Mali se rétablit, et qu’un nouveau président a été élu, les experts de la santé craignent que les priorités économiques, politiques et de gouvernance n’éclipsent la nécessité de rétablir le secteur de la santé.

« La santé ne figure pas nécessairement en haut de la liste des priorités des bailleurs de fonds du Mali. Le rétablissement sécuritaire et économique vient d’abord. Cela veut dire qu’il y a un risque que le secteur de la santé sois sous financé », a dit M. Fall de l’OMS.

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