Le rapport d’Amnesty « ne fait qu’effleurer la surface des atrocités »

Le gouvernement somalien a réfuté les allégations d’une association de défense des droits humains, selon lesquelles ses forces et leurs alliés éthiopiens commettraient des atrocités contre les populations civiles, alors même qu’une source de la société civile a affirmé, au contraire, que le rapport de l’association n’était pas allé assez loin.

Abdi Haji Gobdon, porte-parole du gouvernement, a déclaré à IRIN le 7 mai qu’en temps de guerre, « certaines personnes peuvent être prises entre deux feux, [mais qu’aucun] civil n’est délibérément ciblé », soulignant que ni les forces du Gouvernement fédéral de transition (TFG) ni leurs alliés éthiopiens ne se rendaient coupables d’atrocités.

Selon M. Gobdon, le rapport n’est que « pure propagande et invention ». Il s’exprimait au sujet d’un rapport publié le 6 mai par Amnesty International (AI), qui accuse tous les belligérants de commettre des crimes de guerre contre les populations civiles.

« Le peuple somalien se fait tuer, violer, torturer ; les pillages sont monnaie courante et des quartiers entiers sont détruits », a déclaré Michelle Kagari, directrice adjointe des programmes d’Amnesty en Afrique, dans le rapport.

Une femme de 56 ans a notamment raconté aux représentants d’Amnesty que les soldats éthiopiens avaient violé la fille de 17 ans d’un voisin, en 2007 ; lorsque les deux frères de la jeune fille, âgés de 13 et 14 ans, avaient tenté de lui venir en aide, les soldats éthiopiens leur avaient crevé les yeux à la baïonnette.

Un homme de 32 ans a également confié avoir assisté au « massacre » de ses voisins, ajoutant qu’il avait vu de nombreux hommes égorgés, dont les corps sans vie avaient été abandonnés dans la rue, a rapporté Amnesty.

« Certains d’entre eux avaient les testicules coupés », a raconté le témoin à Amnesty, ajoutant qu’il avait également vu des femmes se faire violer.

Pourtant, on ignore toujours la véritable ampleur de la « terrible » crise des droits humains qui sévit en Somalie, car les organisations humanitaires internationales subissent de fortes pressions qui les empêchent de dévoiler les violations dont elles sont témoins, a révélé Amnesty, et les journalistes locaux sont souvent réduits au silence par la menace.

C’est ce qu’a reconnu une source de la société civile à Mogadiscio. Selon elle, en effet, le rapport « ne fait qu’effleurer la surface » et ne va pas assez loin. « Il porte sur une toute petite partie de ce qui se passe effectivement ici », a déclaré la source, sous le couvert de l’anonymat.

Les massacres, les viols et les disparitions sont des événements quotidiens à Mogadiscio, a-t-elle ajouté.

« Le témoignage qui nous a été livré laisse à penser, de toute évidence, que des crimes de guerre et peut-être des crimes contre l’humanité sont commis par toutes les parties »


« À l’heure où je vous parle, nous recherchons deux jeunes hommes, Osman Mohammed Haji et Ahmed Abdulle Soumane, qui ont disparu le 24 mars ». Personne ne sait qui les a enlevés ni pourquoi, a-t-elle poursuivi. « Cela devient la norme à Mogadiscio », selon la source. « Il n’y aucun doute dans mon esprit sur le fait que des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité sont perpétrés en toute impunité ».

« Le témoignage qui nous a été livré laisse à penser, de toute évidence, que des crimes de guerre et peut-être des crimes contre l’humanité sont commis par toutes les parties prenantes au conflit somalien ; et personne n’a à répondre de ces actes », s’est indigné M. Kagari d’Amnesty.

Le rapport cite également divers témoins, qui accusent la milice Al Shabab, un groupe d’insurgés, d’attaquer les populations civiles sans discernement et de menacer les journalistes qu’ils pensent défavorables à leur cause.

Selon le rapport, il incombe en premier lieu au gouvernement de transition, en tant que gouvernement reconnu de la Somalie, de protéger les droits humains du peuple somalien, et l’armée éthiopienne, soutien principal du TFG, est elle aussi responsable à cet égard.

Dans son rapport, Amnesty appelle à « la cessation immédiate des attaques menées par toutes les parties à l’encontre de la population civile ». En outre, précise l’organisation, « la communauté internationale doit assumer sa propre responsabilité pour n’avoir pas exercé de pression constante sur le TFG ni sur le gouvernement éthiopien en vue d’empêcher leurs forces armées de commettre des violations manifestes des droits humains ».

Près d’un million de Somaliens sont déplacés à l’intérieur de leur propre pays, et 6 500 civils ont été tués depuis 2007, selon les estimations.

Quelque 2,6 millions de Somaliens ont besoin d’aide. Ils devraient être 3,5 millions d’ici à la fin de l’année si la situation ne s’améliore pas, ont prévenu les Nations Unies.

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