Des affrontements font des dizaines de morts au cours du week-end

Des centaines de familles ont fui Mogadiscio ce week-end tandis que les violents affrontements entre les soldats éthiopiens et les insurgés continuaient de faire rage, faisant jusque 100 morts, selon des sources locales. Deux cents personnes auraient également été blessées pendant les combats, qui ont commencé le 19 avril, ont indiqué des sources, à l’hôpital de la ville.

« [Les combats] auxquels nous avons assisté samedi et dimanche étaient les plus violents jamais observés », a affirmé Asha Shaur, porte-parole de la société civile. « Ces affrontements sont les plus violents et les plus destructeurs qui aient jamais eu lieu dans la ville ».

Les combats étaient principalement concentrés dans les quartiers de Wardhigley dans le sud, d’Heliwa, de Wahara Ade et de Yaqshid (tous deux dans le nord de Mogadiscio), selon un journaliste local.

Ils ont commencé lorsque les soldats éthiopiens se sont éloignés de leur base, située dans une usine de pâtes désaffectée de Yaqshid, et ont tenté de pénétrer dans les zones hors de leur contrôle, a raconté le journaliste.

« C’est à ce moment-là que les insurgés et les Ethiopiens se sont affrontés, et les combats se sont poursuivis pendant deux jours, sans interruption », a-t-il ajouté.

Les affrontements reprennent de plus belle à l’heure où la majorité de la Somalie est frappée par la sécheresse la plus grave qui se soit abattue sur le pays depuis plus de 10 ans.

Selon Philippe Lazzarini, directeur du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires-Somalie, 2,5 millions de Somaliens ont besoin d’être aidés d’urgence.

« Si la situation ne s’améliore pas dans les prochaines semaines, et il est peu probable [qu’elle s’améliore], nous serons confrontés aux images de 1991-1992 » ; à l’époque, la sécheresse et le conflit civil avaient fait des centaines de milliers de morts au sein de la population somalienne, incitant les Etats-Unis à déployer leurs troupes dans le cadre de l’opération Restore Hope. « Il s’agit de sauver des vies, et non de soulager les souffrances [des populations] », a-t-il poursuivi.

Des civils pris au piège

Mme Shaur a appelé les deux belligérants à épargner la population civile.

« L’usage d’armes lourdes sans discernement dans les zones peuplées n’a qu’un seul et unique objectif : tuer autant de personnes que possible, qu’elles soient armées ou non », a-t-elle dit.

Un grand nombre des nouveaux déplacés sont « bien souvent » des personnes qui ont quitté les camps pour retourner chez elles en prévision de la prochaine saison des pluies. « Ils voulaient se réfugier chez eux avant les pluies. Aujourd’hui, certains sont morts, d’autres sont blessés », a indiqué Mme Shaur, qui s’exprimait depuis l’hôpital de Dayniile, où certains des blessés ont été évacués.

Selon des sources médicales, les hôpitaux sont submergés par le nombre des blessés venus se faire soigner depuis le début des affrontements, le 19 avril. Plus de 100 personnes ont été tuées et 200 personnes grièvement blessées ont été conduites à l’hôpital, d’après une source du milieu médical.

« Ce sont les personnes qui ont réussi à arriver aux hôpitaux de Médina [dans le sud], de Keysaney [dans le nord] et de Dayniile [nord-ouest], en ville », a ajouté la source. Mais dans ce bilan, seules les personnes qui sont arrivées dans les hôpitaux ont été comptabilisées. « Selon nos informations, les blessés sont pris au piège, dans l’incapacité de sortir de leurs quartiers, semés de cadavres qui gisent dans les rues », a poursuivi la source d’IRIN.

Selon elle, la plupart des personnes qui arrivent dans les hôpitaux sont des femmes et des enfants.

« A l’hôpital de Médina, un bébé de huit mois, atteint par des éclats d’obus, a succombé à ses blessures », a-t-elle expliqué.

Le journaliste a également indiqué à IRIN qu’il était encore très dangereux de s’aventurer hors de chez soi dans les zones de conflit. Dès lors, « bon nombre de gens se retrouvent avec les cadavres des membres de leur famille ou de leurs amis, qu’ils ne peuvent pas enterrer ». « Nous risquons d’ignorer le véritable bilan des morts et des blessés pendant plusieurs jours encore », a-t-il ajouté.

Les affrontements se seraient apaisés le 21 avril, mais les tensions restent vives dans la ville, à en croire le journaliste. IRIN n’a pas pu joindre les autorités pour recueillir leurs commentaires.

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