Fermeture de l’hôpital de Kismayo après le meurtre de trois humanitaires

Les services du seul hôpital de la ville côtière somalienne de Kismayo, à 500 kilomètres au sud de Mogadiscio, la capitale, ont cessé de fonctionner le 29 janvier, au lendemain de la mort de quatre personnes – dont deux travailleurs humanitaires étrangers – tuées par l’explosion d’une bombe, selon des sources locales.

Médecins sans frontières-Hollande avait repris la gestion de l’hôpital en septembre 2007, après qu’il eut été abandonné par MSF-Belgique en 2001, en raison des problèmes d’insécurité.

Des milliers de manifestants sont également descendus dans les rues de Kismayo pour protester contre le meurtre de deux agents de MSF-Hollande, de leur chauffeur et d’un journaliste local.

Ces manifestations ont été organisées par des associations de la société civile et l’administration locale, selon Hawo Ugas Farah, responsable d’une association de femmes et coorganisatrice des manifestations.

« Nous manifestons pour exprimer notre colère et notre consternation devant le meurtre de personnes venues nous aider », s’est exclamée Mme Farah.

Ces manifestations ont aussi pour but de montrer aux familles et amis des victimes que la « population de Kismayo compatit à leur douleur », a-t-elle précisé.

Selon des témoins oculaires, les quatre personnes mortes le 28 janvier ont été tuées par « l’explosion d’une bombe ».

« Elles venaient juste de quitter l’hôpital et se rendaient à leur résidence toute proche, lorsque la bombe a explosé », a expliqué un journaliste local, qui a requis l’anonymat.

À l’hôpital, les patients traînaient dans les salles espérant trouver du personnel pour se faire soigner, mais « il n’y avait aucune aide », a affirmé le journaliste.

Dans un communiqué publié le 29 janvier, MSF précise que les trois collaborateurs tués dans l’explosion sont le docteur Victor Okumu, un chirurgien kényan de 51 ans, Damien Lehalle, un logisticien français de 27 ans, et Mohammed Bidhaan, un chauffeur somalien. Selon certaines sources locales, le journaliste tué dans l’explosion se nommait Hassankaafi Hared Ahmed. Cet attentat aurait également fait quatre blessés, tous de nationalité somalienne.

« MSF confirme avec grande tristesse qu’hier matin trois de ses collaborateurs ont été tués dans la ville somalienne de Kismayo, non loin de l’hôpital où ils travaillaient », pouvait-on lire dans le communiqué de MSF.

Tout le reste du personnel de l’organisation humanitaire a été évacué de Kismayo, la troisième plus grande ville du pays.

« Cet [attentat] visait la population de Kismayo », a affirmé Mohammed Nour Hassan, adjoint au gouverneur de Kismayo. « Ceux qui ont commis cet acte cruel ne visaient pas seulement les travailleurs humanitaires, mais aussi la population de la ville ».

Selon lui, la police explore en ce moment certaines pistes pour arrêter les auteurs de l’attentat. « Nous ne cesserons pas tant que nous ne les aurons pas appréhendés ; pas plus qu’ils n’en ont pour nous, nous n’aurons aucune compassion pour eux », s’est-il exclamé.

À en croire M. Nour Hassan, avant cet attentat, il régnait dans la ville un calme relatif. « Les auteurs de cet attentat sont des ennemis du peuple », a-t-il ajouté.

Les autorités de la ville ont décrété trois jours de deuil.

Pour Mme Farah, la communauté internationale doit comprendre que la population de Kismayo est « totalement opposée à ceux qui ont commis cet acte ».

« Quelque chose de terrible et de tragique s’est produit hier à Kismayo, mais la situation serait encore plus tragique si la communauté internationale devait nous sanctionner [les Somaliens] pour des actes commis par des criminels », a-t-elle souligné, appelant la communauté internationale à ne pas « abandonner la population de Kismayo ».

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