Violences et manque d’accès aux terres affectent la récolte d’olives

En Cisjordanie, l’automne est généralement une saison festive, au cours de laquelle les familles se réunissent pour récolter ensemble les olives ; pourtant, cette année encore, les olives palestiniennes ont pâti de la violence et des restrictions imposées par Israël sur l’accès aux terres.

« La récolte des olives est une affaire de famille », a expliqué Ahmed, 18 ans, de Kofr Khalil, près de Naplouse, en Cisjordanie.

« Nous venons tous ensemble pour travailler », a-t-il poursuivi, montrant du doigt Nadia, sa mère, et Nour, sa petite nièce de sept ans, qui cueillaient ensemble des olives.

L’huile est consommée par les ménages ou vendue, pour alléger le fardeau financier de familles démunies. « Beaucoup de gens dépendent de l’aide des Nations Unies. Les gens qui travaillaient en Israël n’ont aujourd’hui plus le droit d’y entrer et sont très pauvres », a expliqué Ahmed.

Depuis la première guerre du Golfe, en 1991, le gouvernement israélien limite l’entrée des travailleurs palestiniens sur le territoire israélien ; ces lois sont devenues encore plus rigides à la suite des flambées de violence de septembre 2000.

Pendant la cueillette des olives, les Palestiniens s’aventurent dans des zones agricoles, proches des colonies israéliennes, dans lesquelles ils éviteraient de se rendre en temps normal.

Des bénévoles israéliens, appartenant à diverses organisations telles que Rabbis for Human Rights (les Rabbins pour les droits humains), se joignent aux Palestiniens pendant la récolte pour tenter d’apaiser les tensions avec les colons, mais leur présence ne suffit pas toujours.

« Hier encore, les colons étaient là, très violents. Ils étaient armés. Ils ont crié et nous ont menacés », a rapporté Nadia, ajoutant que la veille, ses voisins du village de Til avaient été attaqués par plusieurs colons d’Havat Gilad, un avant-poste situé non loin.

Selon B'tselem, une association israélienne de défense des droits humains, depuis la récolte d’olives de septembre 2000, cinq habitants de la seule localité de Kofr Khalil ont été tués par les forces de sécurité, une personne a trouvé la mort dans la région de Jenin et au moins deux autres Palestiniens ont été abattus par des colons.

« L’armée applique des mesures de sécurité renforcées pour protéger les Palestiniens qui vivent dans certaines zones problématiques », a affirmé Zidki Maman, de l’Administration civile israélienne. « En cas de violence, nous avons reçu l’ordre de nous rendre auprès du Palestinien [concerné] et de l’inviter à déposer une plainte officielle auprès de la police ».

En aval de Kofr Khalil, les colons, dont un bon nombre sont armés, se sont réunis autour d’un puits autrefois utilisé par les villageois palestiniens. Mais lorsque trois enfants, âgés de 13 et 14 ans, sont venus remplir des bouteilles d’eau pour les travailleurs des champs, ils ont été arrêtés par les soldats israéliens.

Selon les responsables de la sécurité israélienne, les restrictions à la récolte ont été appliquées en raison « d’incidents de sécurité » provoqués par des Palestiniens ; les responsables ont néanmoins souligné qu’Israël s’était engagé à assurer l’accès des populations palestiniennes aux oliviers.


Photo: Shabtai Gold/IRIN
La famille de Um Nail Salim a perdu beaucoup d'oliviers à cause de la barrière de séparation israélienne, qui l'empêche, la majeure partie de l'année, d'accéder à ses terres pour entretenir la plantation et l'arroser

Permis de récolter

Le premier samedi de la récolte d’olives, quelque 80 pacifistes israéliens se sont joints aux Palestiniens dans le village de Jayyous. De nombreux Palestiniens ne parviennent pas à obtenir de permis auprès des autorités israéliennes pour pouvoir accéder à leurs oliveraies, et se retrouvent dès lors en manque de main-d’œuvre.

« Sans l’aide des [bénévoles israéliens], je ne parviendrais pas à faire mon travail », a observé Aitaf Abdel Raul.

Son amie israélienne Jamila Biso, qui a aidé à la coordination des bénévoles, a expliqué que Mme Raul avait par deux fois perdu connaissance au cours de la récolte et qu’elle ne pouvait pas s’acquitter de ce travail à elle seule ; or, aucun des membres de sa famille n’a réussi à obtenir de permis.

« Je me fais vieille et j’ai le diabète », a expliqué Mme Raul.

Une grande partie des terres agricoles de Jayyous se situe entre la barrière de séparation israélienne et la Ligne verte, qui sert de frontière avec Israël.

Israël a construit la barrière, selon plusieurs responsables, pour empêcher que des attaques soient perpétrées sur le territoire de l’Etat juif, bien que la « zone fermée » ainsi nommée comporte plusieurs enclaves. D’après B'tselem, environ 10 pour cent de la Cisjordanie se situe dans cette zone, uniquement accessible aux titulaires du permis israélien requis.

« Tous les individus qui ne présentent pas de problème de sécurité se voient délivrer un permis », a affirmé M. Maman, notant que l’armée contrôlait les portes d’accès situées le long de la barrière.

Pourtant, sur un terrain non loin de là, Thaar Salim a rapporté que les difficultés se poursuivaient bien au-delà de l’olivaison.

« Je n’ai droit qu’à un permis de 50 jours, qui dure le temps de la récolte », a-t-il expliqué. « Nous n’avons pas de permis le reste de l’année. Je ne peux pas m’occuper des arbres. Dieu seul les arrose ».

De même, d’autres cultures de la région ont été négligées, et de nombreuses serres à tomates sont arides et sèches.

Selon les paysans de Jayyous, cette année, la récolte des olives est particulièrement mauvaise, en grande partie parce que les oliviers ont été négligés. Il s’agit d’un coup fatal porté à l’économie des populations qui dépendent de cette récolte comme source de revenus.

« Il faut bien regarder pour trouver des olives sur les arbres. Elles ne sont pas belles du tout », a déploré Mme Raul, en triant le fruit de sa cueillette.

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