Six millions de dollars pour reconstruire après les crues

Deux mois et demi après les inondations qui ont ravagé l’ensemble du territoire burkinabè, certains besoins humanitaires « urgents » n’ont pas encore été satisfaits, selon les Nations Unies, qui ont sollicité la somme de près de six millions de dollars pour aider les personnes touchées.

Selon l’appel de fonds des Nations Unies, lancé le 26 octobre, bien que les besoins alimentaires des populations du Burkina Faso – un des pays les plus pauvres du monde – aient été satisfaits, davantage de mesures doivent être prises pour réduire la menace, de plus en plus réelle, d’une crise humanitaire à grande échelle, provoquée par la dégradation continue et rapide des conditions de vie des populations touchées.

Le 10 octobre, le gouvernement estimait que les crues avaient touché près de 93 000 personnes, dont 28 000 étaient déplacées. Les pluies, drues et persistantes, ont fait au moins 51 morts et 76 blessés, et détruit près de 9 000 foyers et 2 344 greniers, selon les estimations officielles.

Le bilan s’est alourdi ces dernières semaines, l’accès aux régions auparavant isolées ayant permis au gouvernement d’évaluer plus précisément les dégâts.

« Plusieurs semaines après le lancement des opérations, des missions d’évaluation conjointes ont révélé qu’en dépit des efforts constamment déployés en vue de pourvoir aux besoins les plus immédiats, certains besoins humanitaires exigeaient encore une intervention urgente », indique le document publié par les Nations Unies, dans le cadre de l’appel.

Les fonds permettront aux agences des Nations Unies, aux organisations non-gouvernementales (ONG) et à la Croix-Rouge burkinabè d’apporter de l’aide aux populations en matière de santé, d’éducation d’urgence, d’eau et d’assainissement, de réhabilitation des foyers et de reconstruction, selon l’appel.

« Cette intervention viendra compléter ce qui a déjà été fait par le gouvernement et les ONG », a expliqué à IRIN Félix Sanfo, responsable des affaires humanitaires du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) au Burkina Faso.

Cette année, le Burkina Faso fait partie des pays d’Afrique de l’Ouest les plus touchés par les inondations, ses 13 régions ayant été affectées.

Selon le bilan officiel, 50 ponts ont été endommagés et 17 698 hectares de culture ont été noyés, ce qui a entraîné une perte estimée de 13 268 tonnes sur la production prévue.

Le gouvernement, qui a déjà consacré plus d’un million de dollars de ses ressources limitées à la gestion des inondations, a sollicité l’aide de la communauté internationale.

Agriculture

Tandis que les Nations Unies considèrent que les distributions alimentaires ont été suffisantes, le Programme alimentaire mondial et l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture ont besoin de fonds pour permettre à 9 000 familles de reconstituer leurs moyens de subsistance.

« La destruction des réserves alimentaires domestiques, des cultures et des moyens de subsistance a fait en sorte que des foyers déjà vulnérables se trouvent brusquement bien moins en mesure de pouvoir subvenir à leurs propres besoins, et a plongé ainsi des communautés entières dans une situation de malnutrition grave et d’insécurité alimentaire », selon l’appel des Nations Unies.

Selon les Nations Unies, le Burkina Faso présentait déjà des taux de malnutrition record, un enfant sur cinq étant atteint de malnutrition grave. Les inondations n’ont fait qu’aggraver la situation.

« Nous craignons l’impact des mauvaises récoltes », a expliqué Romain Guigma, qui dirige le service d’intervention d’urgence de la Croix-Rouge burkinabè. « [Les populations] vont manquer non seulement de nourriture, mais aussi de revenus car la récolte est l’unique source de revenus leur permettant de payer des frais de scolarité et de se procurer des médicaments et des vêtements ».

Santé

Près d’un tiers de la somme requise sera versé à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui prévoit d’améliorer l’accès à l’eau potable, de distribuer des moustiquaires et de fournir des médicaments pour tenter de prévenir la propagation des maladies hydriques.

« Les travailleurs humanitaires qui opèrent dans les régions touchées par les inondations ont signalé une augmentation significative des cas de paludisme et de diarrhée, ainsi qu’une prolifération des moustiques, la contamination des sources d’eau et des conditions sanitaires insuffisantes », selon le document publié par les Nations Unies dans le cadre de l’appel.

L’OMS dispensera également des soins aux personnes souffrant de maladies respiratoires graves qui se déclarent pendant la saison sèche. Des épidémies de méningite se déclarent chaque année au Burkina Faso ; l’année dernière, 1 663 personnes sont décédées des suites de la maladie.

Selon l’OMS, cette année, la fin de la saison des pluies pourrait bien déclencher l’épidémie de méningite la plus grave qu’ait connue l’Afrique en 10 ans.

D’autres fonds permettront au Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU/Habitat) de fournir aux familles touchées des refuges plus résistants dans des zones plus sûres. De nombreux Burkinabè vivent en effet dans des maisons en terre dans des régions sujettes aux inondations.

L’appel de fonds sera régulièrement actualisé pour « s’adapter aux besoins réels des populations », selon M. Sanfo, d’OCHA.

Le Fonds central d’intervention d’urgence des Nations Unies a déjà débloqué la somme de 878 000 dollars pour financer les opérations liées à la sécurité alimentaire des ménages et à la lutte contre la malnutrition infantile.

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