Le conflit, un obstacle majeur à la lutte contre le VIH/SIDA

Les affrontements en cours et le manque de contrôle de la part du gouvernement central entravent les efforts déployés pour concevoir une stratégie nationale de lutte contre le sida en Somalie, où des milliers de personnes déplacées vivent dans des refuges provisoires et ont un accès limité aux soins de santé de base.

Les affrontements se poursuivent à la frontière entre la région du Puntland, dans le nord-est, et le centre-sud de la Somalie, où se situe la ville de Galkayo. Plus de 30 000 personnes, qui ont fui pour échapper à l’insécurité, s’entassent les unes sur les autres dans cette ville ; certaines sont déplacées depuis les années 1990, mais la plupart sont arrivées cette année, à la suite d’une escalade de la violence, à Mogadiscio.

Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) sont sur place, mais, tout comme d’autres organismes d’aide d’urgence, ils sont submergés par le nombre de personnes qui arrivent chaque semaine.

La communauté locale, qui manque déjà d’eau, de nourriture, de centres de santé et d’infrastructures scolaires, a assumé une bonne partie de la charge que représente cet afflux de population.

Les besoins immédiats des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) à Galkayo sont si urgents que la sensibilisation au VIH n’est pas considérée comme une priorité, et cela se manifeste par un niveau d’ignorance élevé au sujet de la maladie.

« Je n’ai entendu parler du VIH qu’au cours de certaines réunions communautaires ; je ne sais pas vraiment ce que c’est », a expliqué Khadra Osman Ali, qui vit à Galkayo depuis 10 ans. « Je sais qu’ici, beaucoup de gens en sont atteints, mais je ne pense pas que je puisse l’attraper ».

Mme Ali a fui vers Galkayo avec ses trois enfants après la mort de son mari, tué à Mogadiscio, la capitale, et vit aujourd’hui dans l’un des refuges en bois et en carton éparpillés par centaines aux quatre coins de la ville. Sa connaissance du virus est semblable à celle de bien d’autres personnes dans sa situation, dont la plupart vivent dans des camps de PDIP miteux.

L’organisation caritative internationale Médecins sans frontières soutient l’hôpital local du sud de Galkayo, mais la ville ne dispose ni d’un centre de conseil et de dépistage volontaire du VIH ni de services de traitement antirétroviral.

« Nous n’avons pas de traitements à offrir aux patients séropositifs, alors nous ne pratiquons pas de dépistage, même lorsque nous pensons qu’un patient est peut-être séropositif », a expliqué Karin Fischer Liddle, coordinatrice médicale des opérations de MSF-Hollande en Somalie.

Une menace bien réelle

En Somalie, où environ un pour cent de la population est séropositive, l’ampleur de l’épidémie est bien moindre que dans les pays voisins tels que le Kenya, qui affiche un taux de prévalence de cinq pour cent, et l’Ethiopie (3,5 pour cent).

Malgré tout, l’insécurité en Somalie entraîne des migrations fréquentes entre ces pays, et risque par-là même d’exposer davantage de personnes au virus ; de plus, les Somaliens qui se découvrent séropositifs une fois de retour dans leur pays n’ont que peu d’options en matière de traitement.

« Le VIH est un gros risque pour les personnes qui vivent ici, dans des établissements de PDIP. Beaucoup de gens n’ont aucune idée de ce qu’est le VIH et même s’ils savent ce que c’est, la stigmatisation est telle qu’ils ne veulent pas être mis au ban de leur communauté en allant se faire dépister ou en admettant qu’ils puissent être infectés », a expliqué à IRIN/PlusNews Malyun Osman Omar, présidente du camp de PDIP de Bula Ba'lay, à Galkayo.

« Il est urgent de lancer des campagnes de sensibilisation dans toute la région, mais en ce moment, les ressources nécessaires pour le faire ne sont pas disponibles ».

Selon Mme Omar, la vaste communauté éthiopienne de Galkayo, essentiellement composée de migrants économiques venus chercher du travail, présenterait un taux de prévalence du VIH nettement plus élevé que la population somalienne locale.

« La communauté locale se sent extrêmement menacée par la communauté éthiopienne », a-t-elle indiqué. « Mais ce sentiment est dû, en grande partie, à la stigmatisation et à une mauvaise compréhension [du virus] ».

Les enquêtes menées par le Programme commun des Nations Unies sur le sida, ONUSIDA, sur la connaissance et les comportements des populations en Somalie ont révélé un « grave manque de compréhension et de connaissance des informations les plus élémentaires sur le VIH ».

L’organisme onusien a noté qu’il restait beaucoup à faire, particulièrement auprès des groupes de populations les plus vulnérables à l’infection.

Pas de conscience des risques

Parmi ces groupes de population, on trouve les femmes qui, en raison de l’insécurité et de la pauvreté actuelles, se livrent au commerce du sexe, ou « sexe pour la survie », afin de pouvoir subvenir aux besoins de leur famille.

« De nombreuses femmes ont fui pour échapper à l’insécurité qui règne dans le sud et ont perdu leur mari. Elles n’ont aucun moyen de gagner de l’argent [...] elles n’ont souvent pas reçu d’éducation et, par conséquent, n’ont pas connaissance des risques qu’elles prennent », a observé Mme Omar.

« Les centres de santé maternelle et infantile fournissent des préservatifs gratuitement, mais le problème, c’est que les femmes ne savent pas qu’elles devraient en utiliser », a-t-elle ajouté. « Personne ne veut admettre que ce genre de choses arrive, mais nous ne pouvons pas continuer d’ignorer ce qui se passe lorsque la vie des gens est en danger ».

Malgré ces obstacles, les quelques organisations non-gouvernementales (ONG) locales et internationales, la Commission somalienne de lutte contre le sida et les agences des Nations Unies qui opèrent dans le pays parviennent à accomplir quelques progrès en matière de lutte contre la stigmatisation et de sensibilisation des populations à la pandémie.

« Depuis que nous avons commencé à travailler à Galkayo, il y a 10 ans, nous avons constaté une évolution positive dans la lutte contre la stigmatisation grave qui va de pair avec le VIH », a expliqué Mme Liddle, de MSF. « Il y a trois ans, il était même impossible d’apporter des préservatifs ».

Plus important encore, les dignitaires religieux commencent à aborder plus franchement le thème du sida. Abdul Kader Ali Ghelle est responsable d’une ONG locale, qui s’occupe d’informer les érudits musulmans sur le VIH/SIDA.

« Nous avons mis du temps à faire comprendre aux mosquées l’importance de cette formation, mais en ce moment, avec le peu de ressources disponibles et l’absence de gouvernement central, c’est l’outil le plus efficace dont nous disposons », a-t-il dit.

Son organisation fait également pression en faveur de débats sur le VIH dans les salles de classe, mais en fin de compte, selon les professionnels somaliens de la santé, il sera impossible de créer et de mettre en place un programme efficace de prévention, de traitement et de soins VIH si le niveau d’insécurité actuel demeure inchangé.

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