Des efforts considérables à fournir pour retenir les patients sous ARV

Environ un tiers des patients enrôlés dans les programmes de distribution d’antirétroviraux (ARV) en Afrique subsaharienne sont « perdus de vue » dans les deux années qui suivent leur entrée dans le programme, a révélé une nouvelle étude.

D’après cette étude (en anglais), menée par l’Ecole de santé publique de l’Université de Boston aux Etats-Unis et publiée dans l’édition d’octobre de la Public library of Science journal, l’absence de suivi des patients, qui manquent leurs consultations, ne viennent pas chercher leurs médicaments et finissent par décéder, est l’une des principales causes de la sortie de ces patients du système de soins.

« De meilleures procédures de traçage, une meilleure compréhension de cette ‘perte de vue’ et une initiation plus précoce à la [thérapie antirétrovirale] pour réduire la mortalité, sont nécessaires si l’on veut améliorer la rétention des patients », ont recommandé les auteurs de l’étude, après avoir passé en revue 32 publications portant sur 74 000 patients dans 13 pays d’Afrique subsaharienne.

Dans un programme en Ouganda, le taux de rétention des patients est tombé à 46 pour cent au bout de deux ans, alors qu’un programme de thérapie antirétrovirale au Malawi a réussi à retenir 86 pour cent de ses patients au cours de la même période.

Les auteurs de l’étude ont noté qu’un taux de rétention de 60 pour cent après deux ans était « une réussite extraordinaire » dans des pays aux ressources limitées, dans la mesure où l’observance des traitements pour des maladies chroniques s’établissait à peine à 50 pour cent dans les pays développés.

D’après James Kamau, coordinateur du Mouvement pour l’accès aux traitements au Kenya, les problèmes auxquels sont confrontés les programmes nationaux de distribution d’ARV vont des obstacles financiers à sociaux.

« L’investissement dans les systèmes de santé dans la plus grande partie de l’Afrique est insuffisant », a-t-il dit à IRIN/PlusNews. « Il faut davantage de travailleurs sociaux pour atteindre les gens, même ceux qui vivent dans les zones rurales ».

Il a souligné que de nombreuses personnes arrêtaient de prendre leurs médicaments parce que la pauvreté endémique et les pénuries alimentaires avaient pour conséquence de les empêcher de se procurer la quantité de nourriture nécessaire à la prise de leurs médicaments.

« L’éloignement des centres de santé, les coûts de transport, le manque de personnels médicaux qualifiés, l’irrégularité dans l’approvisionnement en médicaments, la faiblesse des systèmes d’évaluation, tous ces [facteurs] constituent des problèmes », a estimé M. Kamau. « Le coût est aussi une barrière : même si les ARV sont gratuits, les gens n’ont pas l’argent nécessaire pour traiter leurs infections opportunistes [liées au VIH/SIDA] ».

Il a ajouté que la stigmatisation à l’encontre des personnes vivant avec le VIH, y compris de la part des professionnels de la santé, décourageait également les patients d’adhérer à leur traitement et de rechercher un suivi médical.

De précédentes études avaient montré qu’une bonne observance des traitements ARV était possible dans des zones rurales pauvres en Afrique, à condition que les systèmes de santé adaptent leurs interventions pour prendre en compte les barrières économiques et sociales des populations.

L’étude de l’Université de Boston a suggéré de s’inspirer des programmes de thérapie antirétrovirale les plus réussis pour voir comment améliorer ceux qui étaient les moins performants.

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