Sexe et drogue exposent les sans-abri de Bujumbura au VIH

Des milliers d’enfants et d’adultes vivent à la dure dans les rues de Bujumbura, la capitale du Burundi, luttant chaque jour pour manger et trouver un coin chaud où dormir ; un grand nombre d’entre eux occultent la réalité de leur situation en se tournant vers le sexe et la drogue.

Innocent Bagayuwitonze, aujourd’hui âgé de 26 ans, vit dans la rue depuis 12 ans. Il a déclaré à IRIN/PlusNews que ses maigres revenus de travailleur occasionnel lui servaient à s’offrir les services des travailleuses du sexe du quartier.

Le jeune homme n’étant pas en mesure de débourser la même somme que d’autres, la chance ne lui sourit que lorsque les filles ont eu des soirées particulièrement peu lucratives.

« Nous [les hommes et les garçons sans-abri] leur proposons 1 000 francs [un dollar] », a-t-il raconté. « On négocie avec elles lorsqu’elles ne parviennent pas à avoir les hommes riches qu’elles veulent ».

M. Bagayuwitonze, tout comme d’autres sans-abri, se saoule ou se drogue régulièrement le soir, et utilise rarement des préservatifs, s’exposant davantage au risque de contracter le VIH.

« Lorsque je négocie avec une fille pour avoir des rapports et qu’elle accepte, je ne me rappelle pas d’utiliser un préservatif », a-t-il déclaré.

Les violences sexuelles sont également monnaie courante ; en effet, les personnes qui vivent dans les rues de Bujumbura sont vulnérables aux agressions sexuelles et n’ont souvent aucun recours.

Ceux qui se retrouvent à la rue pour la première fois cherchent généralement à se placer sous la protection de garçons plus âgés et plus expérimentés ; cela suppose souvent qu’ils aient des rapports sexuels avec leur protecteur.

Olivier Ndimubandi, 12 ans, a raconté à IRIN/PlusNews le viol humiliant que lui avait fait subir son protecteur, en présence d’autres garçons, dans la rue.

Blessé au cours de l’agression, il a toutefois expliqué qu’il ne faisait pas confiance aux organisations non-gouvernementales (ONG) qui lui offraient leur soutien, et n’avait pas reçu de soins médicaux.

Une série de viols commis dans la capitale en 2005 avait été imputée aux sans-abri, ce qui avait incité le gouvernement à réunir tous les enfants des rues et à les loger dans un centre local de réhabilitation, mais quelques mois plus tard, ces enfants étaient de nouveau dans les rues.

Au centre médical Marthe Robin de Bujumbura, ouvert par l’Oeuvre Humanitaire pour la protection et le développement de l'enfance en difficulté, une ONG qui s’occupe des sans-abri de la ville, le docteur Cyrille Ntahompagaze a admis que le mélange fatal drogue, alcool et sexe rendaient les plus de 5 000 sans-abri de la capitale plus vulnérables au VIH.

« Chaque mois, quelque 80 enfants des rues viennent nous voir pour recevoir des soins médicaux, et au cours du seul mois de juin, nous avons eu trois cas de maladies sexuellement transmissibles, signe qu’ils ont des rapports non-protégés », a-t-il expliqué, ajoutant qu’il était difficile d’assurer le suivi de ses patients, très mobiles.

Bien que certaines organisations aient entrepris de sensibiliser les sans-abri au VIH, un grand nombre d’entre eux sont apathiques.

« Ils semblent en effet peu se soucier de se protéger et [sont] très mal renseignés sur les services disponibles gratuitement », a révélé Didier Habonimana, un jeune homme qui vit lui aussi dans la rue, mais qui semble mieux informé.

M. Bagayuwitonze, par exemple, n’était pas au courant que des services de santé pouvaient être obtenus gratuitement.

« Si un garçon de la rue est infecté, il meurt rapidement parce qu’il ne peut pas se procurer de médicaments », a expliqué M. Bagayuwitonze, qui a déclaré avoir entendu dire que six garçons de la rue étaient décédés des suites d’infections opportunistes liées au VIH/SIDA.

Au Burundi, un pays qui présente un taux de prévalence du VIH d’environ trois pour cent, les programmes mis en place par le gouvernement permettent d’obtenir gratuitement le dépistage du VIH, une aide psychologique et des médicaments antirétroviraux.

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