Le HCR manque de fonds pour financer le rapatriement des réfugiés afghans

Après l’annonce du triplement du montant de l’allocation d’aide versée aux candidats afghans au rapatriement, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) envisage de lever des fonds pour tenir ses engagements avant la date limite de recensement des réfugiés afghans.

« S’il y a plus de 200 000 réfugiés afghans candidats au retour, le HCR devra lever des fonds », a indiqué mardi à Islamabad, la capitale, Babar Baloch, le porte-parole de l’agence onusienne au Pakistan.

Plus de 145 000 Afghans non recensés sont déjà rentrés du Pakistan et bénéficient de la prime du HCR, puisque cette année le programme de rapatriement volontaire a démarré le 1er mars.
Mais depuis que l’agence a annoncé que le montant de la prime versée à chaque candidat au retour allait passer de 30 à 100 dollars américains, des milliers de réfugiés afghans font la queue devant les centres de rapatriement pour effectuer les vérifications d’usage leur permettant de s’inscrire au programme de rapatriement volontaire.

Tous ceux qui ne se seront pas faits recenser auprès des autorités pakistanaises avant le 15 avril ne pourront pas prétendre à la prime de retour qui inclut les frais de transport. En outre, ils risquent d’être en situation irrégulière au regard de la loi pakistanaise.

« Il n’y aura pas de délai supplémentaire. Passée la date du 15 avril, tous les Afghans qui ne se seront pas faits recenser seront considérés comme des migrants illégaux et seront traduits devant les tribunaux pakistanais », a souligné Nayyar Agha, directeur du Pakistan's Commissionerate for Afghan Refugees (CAR) à Islamabad.

Lors du lancement du programme de rapatriement volontaire, il y avait près de 400 000 Afghans qui ne se seraient pas faits recenser auprès des autorités pakistanaises, ont indiqué les représentants de l’ambassade afghane à Islamabad.

Des réfugiés afghans en situation irrégulière

En raison du manque de temps et de moyens financiers, de nombreux dossiers d’inscription pourraient ne pas être traités à temps et beaucoup d’Afghans non recensés se retrouveraient ainsi en situation irrégulière au Pakistan.

Plusieurs millions de réfugiés afghans vivent depuis plus de vingt-cinq ans au Pakistan, fuyant le conflit dans leur pays.

Pour déterminer le nombre et le profil des réfugiés afghans, les autorités pakistanaises ont mené une campagne de recensement national pendant quatre mois, d’octobre 2006 à février 2007.

Plus de 2,1 millions d’Afghans ont ainsi été recensés pendant la campagne et ont reçu une carte de séjour valable jusqu’en décembre 2009.

Mais les autorités ont eu bien du mal à recevoir quotidiennement des milliers de réfugiés afghans et à faire la part entre les vrais candidats au retour et ceux qui ne se font recenser que pour des raisons pécuniaires.
Selon les responsables du HCR, près de 2 000 ressortissants afghans se font ainsi rejeter chaque jour parce qu’ils ne remplissent pas les critères donnant droit à la prime au retour.

Plusieurs procédures de contrôle ont été mises en place pour détecter les demandes frauduleuses.

« Les centres de rapatriement ont pris plusieurs mesures pour empêcher les fraudes : entretien avec les familles afghanes candidates au retour, enregistrement des données biométriques des empreintes digitales, vérification des personnes par reconnaissance de l’iris, et l’utilisation d’encre indélébile », a indiqué Killian Kleinschmidt, le représentant adjoint au HCR à Islamabad.

Mais ces procédures sont fastidieuses et compte tenu des délais très courts, des centaines de réfugiés afghans ont pris contact avec leur ambassade à Islamabad pour trouver une solution à cette situation.

« Imaginez un instant. Comment est-il possible de traiter les dossiers de 400 000 personnes en l’espace de six semaines », s’est interrogé le docteur Aluzai Ghazi, représentant du ministère afghan chargé des réfugiés et des opérations de rapatriement, à l’ambassade afghane d’Islamabad.

« Nous avons été informés de la présence de plusieurs milliers de candidats potentiels au retour devant les centres de rapatriement à Peshawar », a ajouté M. Ghazi, tout en précisant que l’ambassade ne venir en aide à ces Afghans. « C’est un problème qui doit être débattu entre les gouvernements du Pakistan et de l’Afghanistan ».