Des jardins potagers en ville pour combattre le VIH

Le dévouement de Woinishet Wujura, 12 ans, à entretenir son petit jardin potager peut paraître surprenant pour quelqu’un de son âge, mais le lopin de terre qu’elle cultive en pleine ville assure la survie de sa famille, touchée par le sida.

« J’adore ce jardin », a dit la jeune fille à IRIN/PlusNews. « Je viens aussi souvent que possible, dès que l’école est finie. »

Le jardin de Woinishet est l’un des nombreux lots de terre situé dans un cadre peu commun : une large ferme urbaine au centre de la capitale éthiopienne Addis Abeba, gérée et entretenue exclusivement par des femmes et des enfants affectés par le VIH/SIDA.

La ferme, appelée ‘Gordeme’, fait partie d’un projet très prometteur d’agriculture urbaine, qui a commencé en 2004 et compte maintenant plusieurs fermes à travers l’Ethiopie.

« Ce programme est devenu l’un des programmes de soins du VIH/SIDA les plus réussis dans le pays », a affirmé le docteur Seyoum Dejene, de l’agence américaine pour la coopération internationale (USAID). « Une alimentation équilibrée est un élément vital dans les soins du VIH et du sida, et pour de nombreux participants, le projet de ferme urbaine est leur seule source sûre d’approvisionnement en légumes frais. »

L’Ethiopie souffre d’une insécurité alimentaire chronique, et environ la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d’un dollar par jour.

« Avant que je ne commence à cultiver ici, la consommation de légumes chez moi était presque inexistante, maintenant elle est régulière... Travailler sur le terrain m’a permis de rester en bonne santé et m’a aussi aidée à penser à autre chose qu’à la maladie », a expliqué Warkinesh Ali, une mère célibataire séropositive de 32 ans.

La taille des terrains varie du jardin isolé, entretenu par les membres d’un foyer, à un ensemble de champs urbains, tels que Gordeme, à Arada, l’un des quartiers les plus animés d’Addis Abeba.

Les participants sont tous des femmes célibataires ou des enfants, qui posent leur candidature, puis, s’ils sont sélectionnés, à qui l’on donne un bout de terre appartenant au gouvernement, des outils, des graines et une formation de base à l’agriculture. On attribue les plus grands lots de terre aux responsables des bénéficiaires, à qui une formation plus approfondie est dispensée.

En visitant les fermes, on peut voir des rangées de salades vertes et rouges, choux, navets, betteraves, maïs, carottes, ail, oignon et pommes de terre.

« Chaque ferme du programme est complètement biologique, nous ne sommes pas autorisés à utiliser des pesticides ou des produits chimiques pour augmenter les rendements, ou quoi que ce soit de ce genre », a expliqué Tesfaye Getachew, chef de section pour le programme géré par ECI-Africa, une organisation de développement économique basée en Afrique du Sud.

« Certaines fermes ont été établies sur ce qui était des terrains à l’abandon », a-t-il ajouté. « Gordeme était une véritable jungle urbaine, une décharge remplie d’ordures, d’excréments, et de maladies. Maintenant, c’est une source de santé. Même le compost est fait avec les propres déchets des participants. »

La formation est fournie par un réseau de 23 organisations agricoles et sanitaires locales, avec le concours du gouvernement éthiopien, sous la supervision technique de ECI-Africa. Le projet, financé par l’USAID, compte actuellement 9 800 ‘fermiers’.

Les objectifs du programme d’agriculture urbaine sont de combiner une éducation sur le VIH/SIDA avec un appui nutritionnel pour les personnes séropositives.

Kimberly Flowers, chargée de la communication de l’USAID à Addis Abeba, a expliqué que les excédents de production de légumes étaient vendus aux communautés environnantes, fournissant aux femmes et à leur famille les ressources cruciales pour leur survie.

Environ 40 000 personnes achètent les légumes provenant des fermes du programme à Adama, Addis Abeba, Awasa, Bahir Dar, Dessie et Gondar, les six plus grandes zones urbaines d’Ethiopie.

Le programme aide aussi à réduire l’énorme stigmatisation sociale et la discrimination associée au VIH/SIDA.

« Mes relations avec mes voisins ont changé », a dit Akaki Kaliti, une autre mère célibataire. « Avant le jardin, ils ne venaient jamais chez moi. Maintenant, ils viennent pour la nourriture. »

Le taux de prévalence du VIH en Ethiopie est estimé à environ 3,5 pour cent. Sur les quelque 1,3 million de personnes vivant avec le virus en 2005, 55 pour cent étaient des femmes.

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