Révolte et inquiétude autour de la pénurie d’ARV

Les activistes de la lutte contre le sida sont révoltés face à la pénurie nationale de médicaments antirétroviraux (ARV) qui touche le Burundi et réclament une action immédiate du gouvernement pour y remédier dans les plus brefs délais.

Des travailleurs sanitaires ont expliqué que des retards enregistrés dans le processus d’approvisionnement étaient responsables de ces pénuries.

«Avec la disponibilité des fonds, c’est incroyable que nous puissions nous retrouver à court de médicaments simplement pour des questions de procédures administratives», s’est insurgée Jeanne Gapiya Niyonzima, l’une des activistes les plus connues de la lutte contre le sida au Burundi et présidente de l’Association nationale de soutien aux séropositifs et aux sidéens (ANSS). «Pour les patients, c’est inacceptable.»

Les ARV sont fournis gratuitement par le gouvernement avec le soutien du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, la Banque mondiale et d’autres organisations.

Mme Gapiya a expliqué à IRIN/PlusNews qu’en février, l’ANSS avait passé une commande de 650 boîtes d’Abacavir, un ARV de première ligne, auprès du gouvernement, mais qu’elle avait reçu à peine 30 boîtes pour 208 patients. Chacun de ces patients n’a donc pu recevoir que 10 jours d’approvisionnement au lieu d’un mois en temps normal.

«Déjà, les patients de certaines provinces du Burundi ne venaient parfois pas récupérer leur traitement mensuel par manque de moyens pour les transports ou de mauvaises conditions de santé», a dit Mme Gapiya. «Je suppose que maintenant la situation va être encore pire.»

Le docteur Françoise Ndayishimiye, secrétaire exécutive du Conseil national de lutte contre le sida (CNLS), a dit que la pénurie était due à un retard du ministère des Finances dans la validation de commandes envoyées en novembre. Le CNLS a alors dû passer une commande d’urgence de médicaments pour pallier la pénurie, mais cette commande ne couvre pas plus de deux mois de besoins.

A l’origine, le CNLS avait l’autorisation de passer directement des commandes aux fournisseurs lorsque le montant total n’excédait pas 500 000 dollars, mais le docteur Ndayishimiye a expliqué que les procédures avaient été modifiées il y a environ deux ans et que le CNLS devait maintenant passer par le ministère des Finances.

Personne n’était disponible au ministère des Finances pour commenter le problème, mais Barnabé Mbonimpa, ministre chargé de la lutte contre le sida auprès de la Présidence burundaise, a nié la gravité de la pénurie, affirmant que des ARV avaient déjà été livrés et étaient à présent dans les entrepôts de l’aéroport de Bujumbura, la capitale.

Mme Gapiya a rappelé qu’une pénurie en ARV de première ligne pouvait entraîner le développement de résistances à ces médicaments, obligeant les patients à devoir recourir aux ARV de deuxième et même de troisième ligne, beaucoup plus coûteux, qui nécessitaient aussi davantage de travail de conseil et de suivi pour une meilleure observance du traitement –un surcoût financier et une surcharge de travail pour les professionnels de la santé que le pays ne pouvait s’offrir.

Pénurie de réactifs pour le dépistage

Les activistes de la lutte contre le sida ont aussi dénoncé la pénurie de réactifs utilisés pour effectuer les tests de dépistage du VIH. D’après le docteur Ndayishimiye du CNLS, les réserves sont épuisées depuis décembre 2006, une pénurie qu’elle a également attribué à l’incapacité du ministère des Finances de procéder à temps aux achats de ces produits, en dépit des demandes formulées en ce sens.

«Cela peut prendre des années à une personne de se décider à aller faire le test, mais si elle vient et qu’elle ne peut pas le faire, ce n’est pas certain qu’elle reviendra», a regretté Mme Gapiya. «Pendant ce temps-là, elle prendra le risque d’être infectée ou d’infecter les autres.»

M. Mbonimpa a dit que le gouvernement attendait une livraison de réactifs qui permettrait de tenir au moins huit mois.

Les pénuries d’ARV, ces médicaments qui permettent de prolonger et d’améliorer la vie des patients vivant avec le VIH, ne sont pas rares au Burundi, qui se relève de 13 ans de guerre civile.

En 2006, le pays a connu des pénuries de réactifs utilisés pour les tests de charge virale, qui mesurent la quantité de virus dans le sang, et les médecins ont dû se contenter d’observer les symptômes cliniques pour déterminer si les patients devaient être mis sous ARV ou non.

En avril 2006, des personnes vivant avec le VIH ont organisé des manifestations à Bujumbura pour demander un meilleur accès aux traitements pour les infections opportunistes liées au VIH, qui s’attaquent aux organismes affaiblis par le virus.

Le système national de santé a été totalement détruit par la guerre, et peu de centre sont à même de pouvoir gérer les pathologies sérieuses.

Le Burundi a un taux de prévalence du VIH d’environ quatre pour cent. Quelque 6 400 personnes vivant avec le VIH reçoivent actuellement un traitement ARV, sur les 25 000 qui en auraient besoin.

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