Encadrer rapidement la pratique de la circoncision

Le nombre d'hommes demandant à être circoncis a triplé à l’ouest du Kenya depuis que des études ont révélé que ce procédé pouvait réduire au moins de moitié le risque d’infection au VIH, ce qui rend urgent la définition de consignes strictes pour encadrer la pratique de cette intervention chirurgicale.

La circoncision n’est pas une tradition chez les populations de la Province du Nyanza. Mais le docteur Reuben Okioma, médecin à l’hôpital régional New Nyanza, a déclaré que la demande en circoncision avait triplé depuis que les résultats de l’étude ont été rendus publics, en décembre 2006.

«Les résultats de cette étude bousculent complètement les croyances de cette communauté», a-t-il affirmé, ajoutant que la circoncision masculine est un procédé plutôt simple, qui ne nécessite qu’une simple anesthésie locale et un bilan médical, trois jours après.

Les hôpitaux de cette région ont pu jusque là satisfaire la demande en constante augmentation, mais Okioma a précisé qu’il pourrait y avoir beaucoup plus d’hommes intéressés par ce procédé si les 500 shillings kenyans (sept dollars) que l’hôpital fait payer pour l’intervention étaient revus à la baisse.

Deux essais cliniques organisés au Kenya et en Ouganda ont été interrompus prématurément en décembre, après qu’une analyse intermédiaire des résultas ait révélé que la circoncision pouvait réduire d’environ 50 pour cent le risque de contamination par le VIH chez l’homme dans le cadre de relations hétérosexuelles.

L’Institut national (américain) des maladies allergiques et infectieuses, rattaché à l’Institut sanitaire national (NHI, en anglais), qui a parrainé ces essais, a déclaré qu’il était contraire à l’éthique de poursuivre de tels essais.

Les essais menés au Kenya ont vu la participation d’environ 3000 hommes séronégatifs, originaires de Kisumu, à l’ouest du Kenya, et ont révélé une réduction de 53 pour cent du taux d’infection au VIH chez les hommes circoncis.

Des essais similaires menés dans la région de Rakai, au centre de l’Ouganda, ont montré que le taux d’infection au VIH était réduit de 48 pour cent chez les hommes circoncis.

Le journal médical britannique, The Lancet, a publié vendredi une évaluation finale des données collectées, combinant les résultats de ces deux essais à un autre effectué plus tôt par l’Agence nationale (française) de recherche sur le sida, l’ANRS, en Afrique du Sud.

Les chercheurs en ont conclu que l’ablation du prépuce pouvait effectivement réduire jusqu’à 65 pour cent le taux de contamination chez les hommes, la paroi interne du prépuce étant particulièrement fragile à l’infection au VIH

Les agents sanitaires attendent des consignes claires

Kevin de Cock, directeur du département VIH/SIDA de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est déclaré satisfait de ces résultats, qui, selon lui, «constituent une très importante contribution à la prévention du sida».

Mais des questions demeurent quant à la viabilité de la circoncision masculine, en tant qu’outil national de prévention contre le VIH.

Le docteur Kawango Agot, coordinatrice des essais au Kenya, a dit à IRIN/PlusNews que les professionnels de la santé attendaient des consignes de l’OMS, avant de prendre la moindre mesure.

L’OMS a prévu une consultation internationale début mars à Genève, en Suisse, afin de discuter de la politique à suivre, et des questions opérationnelles et d’ordre éthique concernant la circoncision masculine.

Le docteur Agot a estimé qu’il faudrait procéder à davantage de sessions de formation, pour préparer les centres de santé kenyans à satisfaire une éventuelle forte demande en circoncision masculine.

Les informations relatives à l’effet préventif de la circoncision devront également être présentées différemment à ces communautés, qui pratiquaient déjà cette opération, symbolisant pour elles un rite d’initiation traditionnel.

Grâce au soutien des responsables locaux, certaines communautés, telles que les Samburu, au nord-ouest du Kenya, ont déjà été initiées au principe d’«un homme, un couteau».

Le docteur Okioma a estimé que les chirurgiens traditionnels, déjà habitués à pratiquer des opérations de circoncision, pourraient contribuer à combler la forte demande, à condition qu’ils reçoivent une formation sur la manière de procéder dans des conditions totalement sûres.

Le docteur Agot a insisté sur la nécessité de faire comprendre aux populations que malgré tous ces avantages, la circoncision ne garantit pas une protection totale contre le VIH. L’abstinence et l’utilisation de préservatifs doivent rester les principaux moyens de prévention utilisés dans le cadre des campagnes de sensibilisation au sida, a-t-elle ajouté.

Un autre rapport publié dans The Lancet reflète certaines des réserves émises par le docteur Agot.

«L’expérience mondiale en matière d’accès aux antirétroviraux montre bien que la science pure et dure à elle seule, ne permet pas un enrayement rapide et généralisé de la maladie», ont écrit les auteurs du rapport, qui ont ensuite dressé la liste des 13 défis et opportunités liés à la circoncision masculine, en tant que stratégie de prévention.

Parmi ces défis figure la nécessité de communiquer autour des avantages relatifs de ce procédé, ainsi que sur ses risques réduits, mais significatifs.

Il y a également un autre défi relatif à l’emploi d’un personnel qualifié et en nombre suffisant, capable d’effectuer cette opération, dans le contexte d’une région dont les services de santé sont déjà sollicités à l’extrême.

Les auteurs ont également recommandé que la circoncision soit considérée comme faisant partie intégrante d’une «stratégie combinée de prévention».

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