Des numéros verts pour s’informer sur le sida et se faire entendre

Si les associations s’intéressent autant aux lignes d’appel gratuites sur le sida au Togo, c’est que ces espaces de dialogue permettent d’évaluer l’impact des programmes et de mieux répondre aux besoins des populations.

“Ces derniers temps, la question récurrente consiste à se demander si le baiser profond peut entraîner une contamination au VIH/SIDA”, a expliqué à PlusNews un conseiller de la ligne verte ouverte par le Comité d'action pour la coopération internationale et l'épanouissement de la jeunesse (CACIAEJ).

Le CACIAEJ, comme les associations Espoir et Vie Togo (EVT) et l’Association togolaise pour le bien-être familial (ATBEF), accueille, depuis près d’un an, une ligne verte Info sida, grâce à la ligne ouverte par les opérateurs de téléphonie mobile, et le soutien financier du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Le petit local de moins de cinq mètres carrés qui abrite la ligne Info Sida à Lomé, la capitale du Togo, ne peut contenir plus qu’une table de bureau, un ordinateur, un combiné téléphonique et des documents que le conseiller utilise pour répondre aux interrogations des usagers.

Faute de connection internet régulière et disponible pour tous, ces conseillers, des jeunes gens le plus souvent scolarisés et formés au VIH par les associations elles-mêmes, répondent comme ils peuvent aux préoccupations, quelque fois incongrues, des usagers.

Celles-ci portent, dans leur grande majorité, sur les modes de transmission du VIH et les moyens de prévenir les infections sexuellement transmissibles (IST), dont le sida, ont confié les conseillers sous couvert d’anonymat.

“On note ainsi l’existence, dans certaines localités, de pratiques à risque très élevé, comme l’utilisation d’un seul préservatif pour plusieurs partenaires, comme dans le cas où un homme couche avec trois partenaires au même moment soit avec le même préservatif ou soit sans préservatif du tout”, a expliqué un conseiller.

Les appelants s’intéressent aussi aux conditions de prise en charge des personnes vivant avec le VIH/SIDA, ont-ils ajouté.

C’est notamment le cas de ceux qui souhaiteraient se faire dépister et qui ont besoin d’être rassurés quant au soutien dont ils pourraient bénéficier si le test s’avérait positif.

Avec six pour cent de sa population adulte infectée par le virus du sida, selon les statistiques nationales, le Togo se plaçait, en 2001, au troisième rang des pays les plus touchés d’Afrique de l’ouest, après la Côte d’Ivoire et le Liberia.

Environ 2 500 personnes bénéficiaient de traitements antirétroviraux (ARV) en 2005 alors que 15 000 personnes en auraient eu besoin, selon les associations. Dans le meilleur des cas, le traitement revient à 13 500 francs CFA (26 dollars) par mois et par malade.

Les conseillers des lignes vertes se chargent d’expliquer les méandres de la prise en charge thérapeutique et psychologique des personnes vivant avec le VIH/SIDA, mais aussi de tordre le cou aux idées reçues, selon Marc Mondji, le président du CACIEJ.

“Les appelants font état de l’existence de certaines rumeurs, du genre : les tradithérapeutes guérissent le sida; le préservatif contient le virus; il existe des médicaments pour guérir le sida; le VIH est une invention de l’homme; le moustique transmet le VIH; il existe une pommade en pharmacie dont on peut s’enduire le pénis pour prévenir l’infection à VIH, etc.”

Les autorités aux abonnés absents

Selon M. Mondji, ces appels permettent aux acteurs de la lutte contre l’épidémie d’interpeller les autorités sur les réussites et les lacunes de la politique nationale et du milieu associatif et d’adapter les réponses locales aux besoins des populations.

Ainsi, les trois ONG concernées par l’ouverture de ces lignes vertes ont entrepris de rédiger des rapports trimestriels, remis au CNLS, qui font le point sur les préoccupations des Togolais usagers des lignes vertes.

Elles proposent notamment d’organiser une série d’émissions télévisées pour en finir avec les rumeurs, mais elles souhaitent également réorienter leurs actions de sensibilisation pour une meilleure compréhension des messages de prévention par le grand public, et notamment les femmes.

Selon les associations en effet, plus d’hommes que de femmes appellent les numéros verts, ce qui nécessite qu’une plus grande publicité soit faite autour de ce service dans les milieux fréquentés par les femmes (marchés, salons de coiffure, églises, syndicats, centres de santé), afin qu’elles sachent où s’adresser en cas de problème.

Toutes les couches sociales et tous les publics, de sept à 60 ans, appellent Info Sida, ont précisé les conseillers. “Les appels viennent de presque toutes les couches sociales, notamment des menuisiers, des maçons, des couturières, des tailleurs, des coiffeurs, des plombiers mais aussi des cadres de la fonction publique et privée”, a expliqué l’un d’eux.

La capitale, Lomé, concentre 49 pour cent des appels, le reste venant de l’ensemble des régions du pays, ont précisé les associations. Beaucoup d’usagers parlent en langue vernaculaire, des langues locales nombreuses au Togo dont l’usage complique le travail des conseillers.

Pour leur permettre de travailler dans de bonnes conditions, le CNLS a décidé début janvier, sur les recommandations des ONG, de revaloriser leur salaire qui passerait ainsi de 4,6 à 14 dollars l’heure, pour une écoute 24 heures sur 24.

En contrepartie, les conseillers devront désormais posséder un niveau de classe terminale, avoir une grande capacité d’écoute et une très bonne connaissance des IST/VIH/SIDA.

Il est aussi question de faire plus de publicité aux numéros verts, dans les media publics et dans les documents officiels, ainsi que de s’assurer que la communication reste gratuite même si l’appelant est abonné à un opérateur téléphonique différent de celui qu’il appelle – ce qui n’est pas le cas pour le moment.

Mais jusqu’à présent, le CNLS tarde à mettre ses décisions en pratique, au grand dam des associations.

“Pour l’instant nous n’arrivons pas à tenir compte des recommandations car nous avons des moyens limités pour appuyer et harmoniser les stratégies de communications”, a expliqué Maguy Gouna, du CNLS.

Mme Gouna a néanmoins affirmé que les nouvelles directives, décidées début 2006, entreraient bientôt en vigueur, un pas en avant qui soulageraient les associations, conscientes de l’importance de l’implication des autorités dans de tels projets.

Comme le résume un conseiller : “Si le gouvernement crée des lignes gratuites pour appeler et s’informer sur le sida alors… c’est que le sida existe vraiment !”