Le Fonds mondial demande des comptes sur les fonds alloués contre le sida

Le Nigeria avait jusqu’à mardi pour répondre au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui s’interroge sur la gestion des programmes de lutte contre le VIH/SIDA qu’il subventionne depuis deux ans.

Le Fonds mondial, un organisme de financement créé par les Nations unies en 2001, a octroyé en 2003 au Nigeria une subvention de 70 millions de dollars pour le financement de programmes de lutte contre le VIH/SIDA jusqu’en 2008. Une première tranche de 28 millions de dollars a été versée pour assurer leur exécution jusqu’en 2005.

Or, selon un courrier daté du 11 octobre et adressé au docteur Abdulsalami Nasidi, qui préside l’organisme nigérian de gestion des subventions (ou instance de coordination nationale, CCM en anglais), le Comité technique d’examen des propositions du Fonds mondial s’est dit peu satisfait des performances du Nigeria.

Selon les règles de l’institution, une absence de réponse ou une réponse insatisfaisante concernant l’utilisation de la première tranche pourrait entraîner la suspension de la deuxième phase du financement dans un pays qui, après l’Inde et l’Afrique du Sud, est le plus touché au monde par l’épidémie en nombre de personnes infectées -- quatre millions de Nigérians vivent aujourd’hui avec le virus.

«En se fondant sur les éléments en sa possession et en raison de ses inquiétudes, le comité technique recommanderait en l’état des choses au Conseil d’administration [du Fonds mondial] que les subventions ne soient pas reconduites pour la phase 2», a dit Bradford Herbert, le chef des opérations du comité de gestion des portefeuilles du Fonds mondial, dans une lettre que PlusNews a pu se procurer.

Un responsable du Fonds mondial à Genève en Suisse a confirmé mardi la procédure, sans vouloir donner davantage de détails tant que le Conseil d’administration n’aurait pas reçu et examiné la réponse du CCM.

Une décision sera prise «le plus vite possible», selon ce responsable, qui a requis l’anonymat.

Par ailleurs, aucun des représentants du CCM Nigeria contactés par PlusNews n’était joignable ces derniers jours.

Selon le courrier adressé à M. Nasidi, les inquiétudes du comité technique du Fonds mondial portent sur la mise en oeuvre des programmes prévus ainsi que sur la capacité du bénéficiaire principal de la subvention, à savoir le Comité national de lutte contre le sida (Naca, en anglais), à atteindre les objectifs fixés.

Le Fonds mondial s’est également inquiété de la fiabilité des données fournies par le Naca, de la pertinence du système de suivi et d’évaluation pour la collecte et la vérification de ces données, de retards dans le compte-rendu de ses activités et de la lenteur du décaissement des financements.

Ainsi, d’après le Fonds, l’augmentation du nombre de centres proposant un programme de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant affiche un retard de six mois sur le calendrier prévu.

Le CCM a tenu une série de réunions au cours des deux dernières semaines pour répondre à l’ultimatum du Fonds mondial. Cela suscite l’inquiétude des autres acteurs de la lutte contre le sida au Nigeria quant aux conséquences d’une éventuelle suspension des subventions.

«Ce qui est en jeu ce n’est pas vraiment les subventions ou les dollars, mais la vie de milliers de personnes vivant avec le VIH qui auraient pu bénéficier de médicaments si l’organisme responsable [le Naca] les leur avaient procurés», a estimé Omololu Falobi, directeur de programme pour l’organisation nigériane Journalistes contre le sida (Jaaids en anglais), basée à Lagos.

Selon des organisations non-gouvernementales, il y aurait ainsi quelque 50 000 personnes – dont moins de 20 000 dans le cadre du financement du Fonds mondial - sous traitement antirétroviral (ARV) au Nigeria, soit environ dix pour cent des patients qui en auraient besoin.

Ce chiffre est bien loin de l’objectif affiché par le Naca, qui est de fournir ces traitements qui améliorent la vie des personnes vivant avec le virus à 250 000 patients d’ici juin 2006, grâce aux financements du Fonds mondial, de la Banque mondiale et du Plan d’urgence du président américain George Bush contre le sida (Pepfar).

Tout en estimant que, malgré un démarrage très lent, le Naca avait intensifié ses efforts pour accélérer la mise en oeuvre des programmes financés par le Fonds mondial, M. Falobi a appelé tous les acteurs de la lutte contre le sida au Nigeria à travailler ensemble pour que ce financement soit prolongé.

Le Fonds se veut une structure fondée sur le principe de la «performance», une exigence nécessaire, selon ses responsables, pour continuer à mobiliser les ressources de la communauté internationale.

En mars dernier, le Sénégal a fait l’expérience de la détermination du Fonds mondial à faire respecter ce principe. Peu satisfait des résultats fournis par le pays entre 2003 et 2005 dans sa lutte contre le paludisme, le Fonds a suspendu le financement de ce programme. Une suspension qui a aussi frappé en août un autre pays, l’Ouganda, dans le cadre de sa lutte contre le sida.