Des élections municipales décisives ont été fixées au mois de décembre

Le gouvernement guinéen a annoncé que les élections municipales qui détermineront les avancées démocratiques du pays auront lieu le 18 décembre, mais les partis d’opposition ne savent pas encore s’ils y prendront part.

« On décidera à la fin de la semaine de la participation ou non du FRAD aux élections communales et communautaires de décembre », a déclaré à IRIN jeudi Jean-Marie Doré, un des leaders du Front républicain pour l’alternance démocratique (FRAD), une coalition de partis d’opposition.

Sous la pression de la communauté internationale, les autorités guinéennes ont mis en place un programme de réformes politiques dans l'espoir d'une reprise de l'aide des bailleurs de fonds étrangers suspendue en raison d'un déficit démocratique et d'atteintes aux droits de l’homme.

Les analystes considèrent que le scrutin à venir permettra de mesurer les réformes entreprises et ouvrira la voie à une transition pacifique dans le cas où le Président Lansana Conté, qui souffre d'un diabète chronique, ne pourrait mener à terme son mandat, qui s’achève en 2010. Conté est arrivé au pouvoir en 1984 à la faveur d’un coup d’état.

Dans un rapport publié au mois de juin, le groupe de réflexion Crisis Group a souligné l’importance des élections municipales dans ce pays qui est en passe, selon lui, de devenir le prochain Etat en faillite d’Afrique de l’Ouest.

« Celles-ci détermineront très largement la qualité de la démocratie », indique le rapport. « Si elles échouent, il y a tout lieu de penser que la succession à la présidence sera désastreuse ».

Mais la tenue d'élections ne suffit pas.

Les élections municipales de 2000 qui ont vu la large victoire du Parti de l’Unité et du Progrès au pouvoir, ont été entachées de fraude et d’intimidations, selon l'opposition, ce qui a contribué à renforcer les appréhensions de la communauté internationale. L’incapacité du gouvernement à adresser ces problèmes sous-jacents a provoqué le report des élections locales, qui ont normalement lieu tous les quatre ans.

Pour que ces élections soient crédibles, indique le Crisis Group dans le rapport, des réformes clés devront inclure une révision des listes électorales, l’accès aux ondes par l’opposition, ainsi que la constitution d’une commission électorale véritablement indépendante.

Quelques acteurs internationaux ont salué les progrès accomplis jusque là par la Guinée ; le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Union européenne se sont engagés, cette semaine, à financer les élections à hauteur de 500,000 dollars américains et 2.4 millions de dollars respectivement.

Mais la semaine dernière, les leaders du FRAD ont rejeté l'annonce du gouvernement de la mise en place d'une commission électorale autonome sur le motif que c’était principalement un organe consultatif qui n’aurait pas les pouvoirs requis pour assurer des élections libres.

« Le gouvernement a créé un appendice pour aider le ministre à affiner les méthodes de frauder et de tricher”, a déclaré M. Doré à la presse en début de semaine. « Donc cet organisme ne répond pas du tout aux exigences de l’opposition ».

Le chef de l’opposition Alpha Condé a été le premier à évoquer la possibilité d’un boycott en déclarant au mois de juillet que son parti, le Rassemblement du peuple de Guinée, ne participerait pas aux élections municipales. D’autres membres du FRAD ne l’ont cependant pas suivi.

La plupart des candidats de l’opposition se sont retirés des élections législatives de 2002 et, un an plus tard, de la campagne présidentielle après qu’un changement constitutionnel ait permis à Conte de se représenter. En l’absence d’opposants, le président sortant a été réélu avec 95 pour cent des voix.

Dans un pays où, en dépit de nombreuses ressources naturelles, la majorité de la population vit avec moins d’un dollar par jour et n’a pas accès aux services de base comme l’eau et l’électricité, le gouvernement est la première cible des attaques.

Mais Crisis Group a également appelé l’opposition à assumer ses responsabilités.

« Il est vital qu'elle réintègre le jeu politique afin de préparer les prochaines élections municipales», indique le rapport.

« Une pression concertée, y compris de la part des plus sceptiques, est la seule façon d'aller de l'avant ».