Les vendeuses des rues échappent aux programmes d'aide sociale

Bien qu’elles représentent l’un des plus importants groupes à risque, les vendeuses de rue échappent aux programmes de prévention contre le VIH/SIDA. A en croire des chercheurs, 40 pour cent des vendeuses de rue de la province du KwaZulu-Natal en Afrique du Sud sont séropositives.

Selon une étude réalisée par le département de l’économie de la santé et de la recherche sur le sida (HEARD) de l’université du KwaZulu-Natal, à Durban, la plupart des femmes vivent et travaillent dans des zones défavorisées et ne bénéficient pas des soins de santé de base et des services d’aide et de protection sociale.

Selon Sabrina Lee, chercheur au HEARD, cette situation expose encore plus ces femmes à la violence, au mauvais traitement et au viol. Bon nombre d’entre elles choisissent aussi la prostitution pour arrondir leur fin de mois.

"Certains aspects de l’environnement de travail des vendeuses de rue, notamment le travail illégal, donc de nuit, la vente aux intersections des rues, sur les aires de stationnement des camions et sur les gares routières," les rendent plus vulnérables au VIH/SIDA, a indiqué Lee.

Selon Lee, de nombreuses femmes utilisent aussi le commerce informel comme moyen de subsistance pour obtenir un revenu supplémentaire lorsqu’elles sont affectées par la pandémie.

Située au carrefour Warwick, le cœur du commerce informel de Durban, la clinique Ukuba Nesidindi offre bénévolement des services de conseils et de dépistage. Selon les statistiques de la clinique, près de 40 pour cent des vendeuses de rue sont séropositives, ce qui représente un taux bien plus élevé que le taux de prévalence national, de l’ordre de 25 pour cent.

Pour Dudu Mofokeng, le directeur de la clinique, cette estimation ne doit pas s'appliquer à toutes les vendeuses de rue d’Afrique du Sud. «Il s’agit uniquement d’une indication," a t-il dit.

Toutefois, Khoboso Nthunya, la secrétaire générale de l’Union des travailleuses indépendantes (SEWU), a indiqué que ces statistiques pourraient en fait être plus élevées. De nombreuses vendeuses de rues sont illettrées et ne sont pas informées sur le VIH/SIDA et sur la manière de s’en protéger.

En début d’année, la clinique Ukuba Nesidindi a lancé un programme de formation de deux mois sur le sida pour éduquer les vendeuses des rues. "La formation des vendeuses a du se faire sur place pendant qu’elles travaillaient pour minimiser la perte de gain – puisqu’elles n’ont pas le temps de participer à des ateliers," a expliqué Mofokeng.

La clinique était aussi un des rares établissements de santé à offrir des consultations de jour gratuites pour les enfants des vendeuses, ce qui limite le risque d’exposition au VIH/SIDA, a indiqué Nthunya.
"En général, les enfants des vendeuses jouent dans les rues, entre les étalages, où ils ne sont pas en sécurité. Comme leur mère, ils peuvent être victimes de mauvais traitement, de viol et d’acte criminel," a t-il dit.

Les vendeuses de rue n’ont souvent pas accès aux soins dans les hôpitaux publics où les patients doivent indiquer leur adresse. En outre, abandonner leurs étalages pour s’asseoir des heures durant dans les salles d’attente des hôpitaux représentent une perte financière importante pour ces femmes, a expliqué Mofokeng.

"Nous avons besoin d’hôpitaux itinérants subventionnés par le gouvernement," a indiqué à PlusNews Emmanual Dlamini, le président du conseil de gestion des commerçants travaillant dans le secteur de l’informel.

Lee recommande que des lieux de vente attribués et sécurisés soient aménagés dans des marchés organisés et gérés correctement où les femmes pourraient exercer leur commerce en toute légalité. Les femmes ont aussi besoin d’accéder à des programmes de micro-finance et à des systèmes communautaires de micro-assurance, a t-elle ajouté.

Malgré la politique très progressiste de l’Afrique du Sud vis à vis des vendeuses de rue, le dialogue entre les autorités locales et les syndicats restent insuffisants, ce qui laissent ces femmes sans formation spécifique ni éducation.